Arrestation de Marie-Claude Vaillant-Couturier :
http://curagiu.com/la_sante_et_romainville.htm
M.-C. Vaillant-Couturier avait été arrêtée le 9 février 1942 dans des circonstances assez singulières, qui permirent à ses camarades de disposer à temps les " coupe-feu" interdisant aux policiers de "remonter " au-delà de sa personne (à condition qu'elle se tût, ce qui fut le cas).
Le 9 février donc, Marie-Claude avait rendez-vous avec A. Dallidet. Mais après un rendez-vous à Sully-Morland, elle avait le temps de se rendre chez une vieille camarade habitant le quartier des Halles et qui avait accepté de passer pour la tante de Jeanne Dessard, en prison à Rennes (on sait que c'est sous ce nom qu'avait été arrêtée Mounette Dutilleul). Marie-Claude voulait lui remettre une livre de beurre à envoyer à la prison de Rennes. Au lieu de la vieille camarade, c'est un inspecteur qui lui a ouvert la porte. Elle était élégante, faisait très " bourgeoise ". Elle portait ce jour-là un manteau de mouton doré et une capuche brune doublée de bleu clair. [Lorsque Marie-Claude m'a donné ces précisions, ni elle ni moi ne connaissions encore le rapport policier où ces vêtements sont décrits, portés par la " femme Vincennes "].
L'inspecteur s'est excusé auprès d'elle de devoir la conduire à la préfecture de police pour une vérification d'identité, comme toute personne se présentant chez cette " terroriste ". En cours de route, elle réussit à se débarrasser de la carte de matières grasses qu'elle avait dans sa poche. Un tampon y indiquait le nom et l'adresse du crémier auprès duquel elle se fournissait. Cette seule indication aurait permis à la police de savoir dans quel quartier elle habitait. Or c'est ce qu'elle voulait éviter à tout prix.
A la préfecture, en entrant dans le bureau de l'inspecteur Picard, celui qui accompagnait Marie-Claude a annoncé: "Malheureusement, ce n'est toujours pas Clairette ", l'un des pseudonymes de Marie-Claude. Elle avait une vraie carte d'identité au nom de Marie-Claude Couturier.
Il n'a pas fallu dix minutes pour, découvrir qu'elle était la fille de Lucien Vogel, émigré aux Etats-Unis, et la veuve de Paul Vaillant-Couturier. Mais les policiers voulaient son adresse. Elle déclara qu'elle habitait chez des amis personnels auxquels elle ne voulait causer aucun ennui.
On la garda dans les bureaux des Brigades spéciales. La presse parisienne du 12 février 1942 publia sa photo assortie du texte suivant: " Qui connaît cette personne? Une femme dont la photographie est reproduite ci-dessus a été trouvée errante dans Paris, frappée d'amnésie. Prière à toute personne pouvant fournir des renseignements la concernant de s'adresser d'urgence à la préfecture de police (direction de la police municipale, état-major) ".
Cette ruse assez grossière échoua. Personne ne s'adressa à la PP. Les camarades de Marie-Claude, en revanche, étaient avertis. Six jours plus tard, cependant, les Politzer et D. Casanova sont arrêtés. Le 15 février 1942, André Pican (l'un des principaux responsables des éditions communistes) et sa femme le sont à leur tour. Le 17, Jacques Decour tombe entre les mains de la police, le 23, Madeleine Laffitte, le 28, Arthur Dallidet, le 2 mars, Hélène Langevin, épouse de Jacques Solomon... et ce n'était pas fini.
Marie-Claude ne va pas tarder à être démasquée. Un jour, un flic qui l'avait filée au bois de Vincennes où elle venait d'avoir un rendez-vous avec " Victor " et qui avait perdu sa trace, la reconnaît dans un couloir de la PP et lui lit le procès-verbal de filature. Dès lors, la police sait qu'elle tient un gros gibier et son affaire est jointe à celle de Danielle Casanova. Pendant les huit jours que Marie-Claude a passés dans les bureaux de la préfecture avant d'être envoyée au dépôt, l'inspecteur Picard lui a déclaré :
" Il y en a pour quatre ans ; ce sont les Américains qui gagneront, mais, de toutes façons, ils auront besoin de nous contre vous, les communistes ".
http://www.ordiecole.com/shoah.html
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