From: =?Windows-1252?Q?Enregistr=E9_par_Windows_Internet_Explorer=A07?= Subject: Universal Music France | Artiste | GEORGES BRASSENS Date: Thu, 14 Aug 2008 12:21:15 +0200 MIME-Version: 1.0 Content-Type: multipart/related; type="text/html"; boundary="----=_NextPart_000_0251_01C8FE08.3F432E60" X-MimeOLE: Produced By Microsoft MimeOLE V6.0.6000.16545 This is a multi-part message in MIME format. ------=_NextPart_000_0251_01C8FE08.3F432E60 Content-Type: text/html; charset="utf-8" Content-Transfer-Encoding: quoted-printable Content-Location: http://www.universalmusic.fr/artiste/georges--brassens/ =EF=BB=BF
=
P>Contestataire=20
int=C3=A9gr=C3=A9 dans le patrimoine national, homme de spectacle non =
spectaculaire,=20
personnage involontairement public refusant de d=C3=A9voiler le moindre =
=C3=A9l=C3=A9ment de sa=20
vie priv=C3=A9e, Georges Brassens =C3=A9tait un paradoxe ambulant. Le =
scandale d'hier est=20
aujourd'hui pass=C3=A9 dans les programmes scolaires et les pens=C3=A9es =
qui choquaient la=20
morale des ann=C3=A9es 50 sont entr=C3=A9es dans les moeurs vingt ans =
plus tard.=20
Pr=C3=A9curseur malgr=C3=A9 lui, Brassens =C3=A9tait avant tour un =
esprit libre qui eut=20
l'audace de chanter avec humour des choses graves sur des sc=C3=A8nes =
jusqu'alors=20
r=C3=A9serv=C3=A9es au divertissement
Individualiste convaincu, =
non-militant engag=C3=A9 et=20
grand sceptique devant l'Eternel, il avait trop conscience de =
l'influence de son=20
r=C3=B4le pour en abuser. Alors il sugg=C3=A9rait en chansons ce qu'il =
n'assenait pas en=20
discours. Ce que l'on n'a pas manqu=C3=A9 de lui reprocher, =C3=A0 =
droite comme =C3=A0 gauche.=20
Homme fid=C3=A8le =C3=A0 ses id=C3=A9es, il s'est donn=C3=A9 les moyens =
de vivre comme il=20
l'entendait, hors des sentiers battus de la norme et de la =
gloire.
Brassens=20
se cachait. D'abord pour =C3=AAtre tranquille et profiter pleinement de =
l'existence=20
avec ceux qu'il avait choisis mais aussi - et surtout - pour s'atteler=20
patiemment =C3=A0 la recherche permanente du mot et de la note justes. =
Ego=C3=AFste=20
g=C3=A9n=C3=A9reux, pass=C3=A9iste moderne, humaniste persifleur et =
voyageur immobile, le=20
personnage =C3=A9tait bien plus que ce qu'il a voulu nous laisser =
croire.
S=C3=A8te,=20
1921. Pos=C3=A9e au bord de la M=C3=A9diterran=C3=A9e sur une langue de =
terre entre l'=C3=A9tang de=20
Thau et la mer, la ville s'active autour du port. Bruits, senteurs et=20
mouvements. Le 22 octobre, =C3=A0 quelques encablures du vieux centre, =
na=C3=AEt le fils=20
du "vieil ours" et de la "napolitaine". Georges Charles =
Brassens.Louis, le=20
p=C3=A8re, est ma=C3=A7on, joyeux agnostique et Elvira, la m=C3=A8re, =
fille d'immigr=C3=A9s=20
italiens, fervente catholique, veuve de guerre et m=C3=A8re de Simone, =
enfant d'un=20
premier mariage. Soleil, =C3=A9cole, chansons maternelles et vir=C3=A9es =
=C3=A0 la plage, le=20
petit Georges grandit tranquillement. Il baigne dans les airs populaires =
que=20
l'on passe sur le phonographe familial. - =C2=AB Mon p=C3=A8re, mes =
grands-parents, ma=20
m=C3=A8re, ma soeur, tout le monde chantait dans la famille. On =
m=C3=A9langeaitet des airs=20
d'op=C3=A9ra, d'op=C3=A9rette. On chantait tout le temps, sans se poser =
de questions sur=20
ce que l'on chantait =C2=BB.
La TSF rythme Ies ann=C3=A9es 30. =
Georges y d=C3=A9couvre Tino=20
Rossi, Mireille, Jean Nohain, Jean Tranchant mais surtout Vincent =
Scotto, Ray=20
Ventura et Charles Tr=C3=A9net. Georges chope le virus du swing et le =
go=C3=BBt des=20
m=C3=A9lodies populaires, celles qui attrapent l'oreille pour ne plus la =
l=C3=A2cher.=20
D'instinct, sans solf=C3=A8ge ni partitions, il cherche des airs. Coin =
de table,=20
porte, Georges se met =C3=A0 taper partout. Il ne tarde pas =C3=A0 =
monter un orchestre=20
swing et t=C3=A2te du banjo.
l'=C3=A9cole, Georges la =
pr=C3=A9f=C3=A8re buissonni=C3=A8re. Il n'y=20
excelle qu'en gymnastique et en humour jusqu'=C3=A0 ce qu'un professeur =
de fran=C3=A7ais=20
atypique, Alphonse Bonnaf=C3=A9, lui ouvre les portes de la po=C3=A9sie =
et des lettres.=20
Georges =C3=A9coute. Il commence =C3=A0 =C3=A9crire et rode sa verve =
comique devant ses=20
copains. La bande r=C3=AAve. Destin=C3=A9es artistiques et =
Ville-lumi=C3=A8re.
En 1939,=20
Georges-le-rigolo a 17 ans et, au printemps, son nom appara=C3=AEt pour =
la premi=C3=A8re=20
fois dans un journal, l'Eclair. Une bande de vauriens s=C3=A9tois avait =
commis 14=20
cambriolages. Les gosses avouent avoir voulu "faire les jeunes gens". =
Georges=20
Ecope de deux semaines de prison avec sursis. Son p=C3=A8re l'attend =
=C3=A0 la sortie du=20
commissariat et lui dit "bonjour, petit". Le=C3=A7on de tol=C3=A9rance, =
le paternel passe=20
l'=C3=A9ponge. Apr=C3=A8s un =C3=A9t=C3=A9 durant lequel le petit se =
fait discret, ses parents=20
d=C3=A9cident de l'envoyer =C3=A0 Paris. La bande se reformera plus =
tard. Bonne=20
chance.Paris,=20
f=C3=A9vrier 1940. Georges d=C3=A9barque rue d'Al=C3=A9sia dans la =
pension de famille de sa=20
tante Antoinette avec la promesse de travailler pour assurer sa =
subsistance. Il=20
commence comme apprenti-relieur puis s'engage comme tourneur chez =
Renault. La=20
vie-de-boulot ne lui convient gu=C3=A8re.
La dr=C3=B4le de guerre =
d=C3=A9j=C3=A0 perdue, l'exode=20
commence et Georges repart =C3=A0 S=C3=A8te pour l'=C3=A9t=C3=A9. Il =
revient =C3=A0 Paris en septembre,=20
non plus pour travailler, mais pour =C3=A9crire.
=C2=AB C'est =C3=A0 =
ce moment-l=C3=A0, =C3=A0 18 ans,=20
que j'ai rencontr=C3=A9 les po=C3=A8tes par le plus grand des hasards =
parce que ma tante=20
avait une biblioth=C3=A8que pleine de livres et que je me suis mis =
=C3=A0 lire les po=C3=A8tes.=20
J'ai trouv=C3=A9 un trait=C3=A9 de versification et je me suis mis =
=C3=A0 l'=C3=A9tudier, =C3=A9videmment=20
je me suis aper=C3=A7u, et je continue de le penser, que j'=C3=A9tais =
ignorant et que je=20
n'arrivais pas =C3=A0 la cheville de ces gens-l=C3=A0 =C2=BB.
Il =
fonce=C3=A0 la biblioth=C3=A8que du=20
14e arrondissement et d=C3=A9vore tout et n'importe quoi avant de =
trouver deux=20
ma=C3=AEtres : Villon et La Fontaine. Le chantre des humbles, de la =
r=C3=A9volte contre=20
les puissants et le fabuliste sceptique.
Rue d'Al=C3=A9sia, il trouve =
son premier=20
piano et s'y met doucement. Brassens le jeune s'enferme de plus en plus =
dans son=20
univers de notes et de rimes. Le reste du temps, il fl=C3=A2ne dans le =
quartier=20
Plaisance o=C3=B9 il restera plus de 4o ans.
Georges est sans le sou =
mais cela ne=20
l'emp=C3=AAche pas de s'informer de l'actualit=C3=A9 artistique. En =
cette p=C3=A9riode=20
d'Occupation, le jazz le fascine et il admire Django Reinhardt et sa =
guitare=20
magique.
En 1942, Georges a 20 ans. Il publie, =C3=A0 compte =
d'auteur, deux=20
recueils de po=C3=A8mes A !a venvole et Des coups d'Ep=C3=A9e dans =
l'eau. Sur ses papiers=20
d'identit=C3=A9, il =C3=A9crit "homme de lettres", il est admis =C3=A0 =
la Sacem comme auteur,=20
mais surtout, il fait la connaissance de Jeanne Le Bonniec, une =
couturi=C3=A8re=20
voisine de la pension d'Al=C3=A9sia. Elle est de 3o ans son ain=C3=A9e, =
mais qu'=20
importe.F=C3=A9vrier=20
1943, les autorit=C3=A9s de Vichy cr=C3=A9ent le Service du Travail =
Obligatoire et=20
envoient en Allemagne 170 000 fran=C3=A7ais de tous les corps de =
m=C3=A9tier. Georges=20
arrive dans la banlieue de Berlin, =C3=A0 Basdorf, pour =C3=AAtre =
affect=C3=A9 =C3=A0 l'usine=20
BMW-Aviation.
Dans le camp o=C3=B9 sont cantonn=C3=A9s Hollandais, =
Polonais, Turcs et=20
Fran=C3=A7ais, Georges monnaye sa tranquillit=C3=A9 et s'am=C3=A9nage un =
emploi du temps qui=20
lui convient. R=C3=A9veil =C3=A0 5 heures, culture physique, lecture et =
=C3=A9criture avant=20
d'aller chercher le caf=C3=A9 =C3=A0 l'autre bout des baraquements, =
seule corv=C3=A9e =C3=A0=20
laquelle il daigne participer. A l'usine, o=C3=B9 l'on ne tient pas trop =
=C3=A0 soutenir=20
l'effort de guerre des "Teutons", Georges lit et =C3=A9crit debout, =
pench=C3=A9 sur les=20
moteurs qu'il est cens=C3=A9 v=C3=A9rifier. Il =C3=A9crira =C3=A0 =
Basdorf plusieurs dizaines de=20
chansons dont quelques unes dans leur version d=C3=A9finitive : "Pauvre =
Martin", "Le=20
mauvais sujet repenti".
=C2=AB Moi, je n'=C3=A9tais pas fou, ma =
folie =C3=A9tait ailleurs,=20
j'=C3=A9crivais, je pensais =C3=A0 autre chose, je vivais d=C3=A9j=C3=A0 =
en marge du monde, je=20
m'=C3=A9tais cr=C3=A9=C3=A9 un univers dans lequel n'avaient cours que =
les id=C3=A9es, les pens=C3=A9es,=20
les sentiments que j'acceptais. Je vivais tr=C3=A8s peu dans le =
pr=C3=A9sent et dans le=20
milieu ambiant, je vivais juste dans le temps superficiel de ma =
conscience. Je=20
disais bonjour, bonsoir, mais c'=C3=A9tait tout. Tout le reste se =
passait dans cet=20
univers =C2=BB.
Il fraternise vite avec ses compagnons d'infortune, =
partage colis=20
et chansons.
Il rencontre l=C3=A0 ceux qui seront toujours =
fid=C3=A8les parmi les=20
fid=C3=A8les. Iskin, Larue, et surtout Ont=C3=A9niente. Ils =
d=C3=A9gottent un piano et, peu =C3=A0=20
peu, il leur livre tout son r=C3=A9pertoire de vari=C3=A9t=C3=A9s. A =
force de le tanner, Iskin=20
r=C3=A9ussir =C3=A0 entendre ses premi=C3=A8res chansons. Moustaches =
=C3=A0 la Clark Gable, ironie=20
et mordant en toutes circonstances, Brassens-le-joyeux-drille distrait =
et amuse=20
la compagnie.
Mars 1944, =C3=A0 la faveur d'une permission, Brassens =
revient =C3=A0=20
Paris et y reste. R=C3=A9fractaire jusqu' =C3=A0 la fin de la guerre, il =
se cache chez=20
Jeanne, la jeanne. C'est l=C3=A0, sur fond de fin d'occupation et de =
collaboration,=20
de lib=C3=A9ration et d'=C3=A9puration, que le syst=C3=A8me Brassens =
s'=C3=A9labore.
=
P>Pendant=20
plus de dix ans, Brassens restera impasse Florimont chez Jeanne et son =
mari,=20
Marcel Planche. Une petite cahute rustique sans aucun confort, entre le=20
perroquet, les chats, les chiens et La cane de Jeanne, o=C3=B9 il trouve =
tabac,=20
tendresse et amiti=C3=A9. Brassens reprend son rythme. Bouquinistes, =
troquets et=20
femmes mari=C3=A9es. Oisif actif, il 1it 3 ou 4 livres par jour, =
=C3=A9tudie furieusement=20
grammaire et versification, gratte son banjo, puis rach=C3=A8te la =
guitare d'un=20
copain. De 1940 =C3=A0 44, il =C3=A9crit entre 3 et 400 po=C3=A8mes =
ainsi qu'une centaine de=20
chansons. Brassens se cherche.
Fin 1945, Georges retrouve Pierre =
Ont=C3=A9niente,=20
qui a r=C3=A9int=C3=A9gr=C3=A9 sa chambre de bonne de la rue Pigalle et =
son poste de contr=C3=B4leur=20
du Tr=C3=A9sor apr=C3=A8s son retour de Basdorf. Ils ne se =
l=C3=A2cheront plus.
Il rencontre=20
Jeanine, dite la "P'tite Jo', mytho, clepto, sale et volage. La jolie =
fleur=20
l'envo=C3=BBte =C3=A0 coups d'affabularions et met son coeur =C3=A0 feu =
et =C3=A0 sang. Puis elle=20
dispara=C3=AEt. "P... de toi". Pas de m=C3=A9tier, pas de revenus, =
hirsute, la moustache=20
en "tablier de sapeur", George-la-Paresse ne vit de =
rien.
Appara=C3=AEt alors=20
Joha, une jeune blonde estonienne, souriante, gracile et gracieuse. Il =
la croise=20
longtemps autour du m=C3=A9tro Plaisance avant de se d=C3=A9cider =C3=A0 =
lui parler. Blonde=20
Chenille, P=C3=BCppchen. Jeanne n'admet chez elle que les hommes. Pas =
les copines.=20
F=C3=A9rocement jalouse, elle cache les pantalons de Georges pour =
l'emp=C3=AAcher de=20
sortir. Les tourtereaux doivent se faire discrets. Amours clandestines, =
"vie=20
commune s=C3=A9par=C3=A9e", chacun chez soi mais toujours ensemble. =
Jusqu'au=20
bout.
D=C3=A9but 1946 Brassens commence =C3=A0 suivre les =
r=C3=A9unions de la F=C3=A9d=C3=A9ration=20
Anarchiste (section du 15e arrondissement) et conforte sa m=C3=A9fiance =
envers le=20
pouvoir, l'autorit=C3=A9 et ses symboles.
=C2=AB Une morale, une =
fa=C3=A7on de concevoir la=20
vie, qui accorde une priorit=C3=A9 =C3=A0 l'individu =C2=BB. Le Monde =
Libertaire, le journal=20
anar pour lequel il =C3=A9crit sous les pseudos de G=C3=A9o C=C3=A9dille =
et Gilles Colin,=20
appara=C3=AEt comme un exutoire id=C3=A9al pour Brassens, le =
contestataire. Il tire sur=20
tout ce qui bouge, raille, ironise, tra=C3=AEne ses t=C3=AAtes de turcs =
dans la boue (la=20
Police, l'Eglise, les Staliniens) et r=C3=AAve d'=C3=A9galit=C3=A9 =
sociale et de libert=C3=A9=20
sexuelle.
=C2=AB Je suis tellement anarchiste que je traverse dans =
les passages=20
dout=C3=A9s pour ne pas avoir =C3=A0 faire =C3=A0 la =
mar=C3=A9chauss=C3=A9e =C2=BB.
=
P>Dans=20
cette p=C3=A9riode d'=C3=A9puration, il affirme son pacifisme et sa =
distance avec les=20
pratiques revanchardes. Apr=C3=A8s le proc=C3=A8s de Nuremberg, il =
s'=C3=A9l=C3=A8ve contre la peine=20
de mort. Seule cause pour laquelle il prendra par la suite publiquement=20
Position.
Puis, il s =C3=A9carte du mouvement anar et ne militera =
plus jamais.=20
Brassens-le-pacifique s'engage sur la voie du scepticisme.
Guerre,=20
r=C3=A9sistance, collaboration, lib=C3=A9ration, rien n'a chang=C3=A9 =
dans le monde du=20
music-hall. Les vedettes d'avant-guerre ont repris leurs places et =
monopolisent=20
les
grandes sc=C3=A8nes parisiennes. Brassens fl=C3=A2ne dans Paris =
et ses cimeti=C3=A8res.=20
Paris populo, bougnats, marchands de marrons, autobus =C3=A0 =
plate-forme, concierges,=20
pigeons, accord=C3=A9onistes. Il forge son univers. Citadin et =
po=C3=A8te urbain =C3=A9crivant=20
des histoires de "culs-terreux".
=C2=AB Quand j'=C3=A9tais de =
la cloche, il se=20
trouvait toujours quelqu'un pour me procurer un paquet de tabac ou de =
quoi=20
manger le lendemain... J'=C3=A9tais heureux lorsque je pouvais m'offrir =
une paire=20
d'espadrilles neuves. J'=C3=A9tais plus heureux que le type que je suis =
aujourd'hui=20
quand il s'ach=C3=A8te une paire de chaussures. On ne se met pas =C3=A0 =
table le ventre=20
plein =C2=BB. Brassens vit de la g=C3=A9n=C3=A9rosit=C3=A9 de ses amis, =
mange peu et s'invite=20
alternativement chez Ont=C3=A9niente ou Laville et fume cigares et pipe. =
L'auteur-compositeur cherche un interpr=C3=A8te, les visites =
=C3=A9pisodiques chez les=20
=C3=A9diteurs musicaux n'ont rien donn=C3=A9. Mais au fond de lui, il a =
la certitude qu'un=20
jour ou l'autre son heure viendra. D'ici l=C3=A0, il reste tranquille et =
vit de l'air=20
du temps.
Brassens a 3o ans. Il s'accroche et travaille avec =
acharnement pour=20
parvenir =C3=A0 l'osmose parfaite entre le verbe et la musique. Il =
peaufine ses=20
textes, =C3=A9crit de nouvelles chansons, r=C3=A9dige son roman et =
chante ses nouveaut=C3=A9s =C3=A0=20
Jeanne, =C3=A0 l'auvergnat et aux potes.
A cette =C3=A9poque, il a =
d=C3=A9j=C3=A0 constitu=C3=A9 le=20
r=C3=A9pertoire de ses cinq premi=C3=A8res ann=C3=A9es de carri=C3=A8re. =
Brassens est pr=C3=AAt. - =C2=AB=20
Quand il a commenc=C3=A9 =C3=A0 chanter en public, il avait 30 ou 40 =
chansons d'avance que=20
personne ne connaissait =C2=BB(Pierre Ont=C3=A9niente).
=
P>Mars=20
1952, Brassens s'est pratiquement essay=C3=A9 dans tous les cabarets. =
Victor Laville,=20
le minot de S=C3=A8te, lui fait rencontrer Pierre Galante (chroniqueur =
=C3=A0 Paris-Match)=20
qui lui d=C3=A9croche une audition chez Patachou. La Dame se produit =
dans son propre=20
cabaret, une ancienne boulangerie de la rue du Mont-Cenis o=C3=B9 elle =
programme des=20
artistes de son choix et asseoit sa r=C3=A9putation en coupant la =
cravate des clients=20
r=C3=A9calcitrants =C3=A0 chanter. Brassens ne veut pas y aller. Ses =
potes le jettent=20
devant Patachou qui d=C3=AEne au milieu de son personnel. Brassens =
refuse de monter=20
sur sc=C3=A8ne. Dans la salle, assis sur une chaise, il attaque une =
vingtaine de=20
chansons. Le contrebassiste de la maison, Pierre Nicolas, attrape son =
instrument=20
et l'accompagne spontan=C3=A9ment. Les serveurs arr=C3=AAtent de ranger. =
La patronne est=20
s=C3=A9duite.
Brassens ne veut pas chanter, il cherche un =
interpr=C3=A8te, c'est tout.=20
Patachou lui r=C3=A9pond que ce sera lui. Voil=C3=A0.
Le surlendemain =
soir, c'est=20
parti. Patachou entonne quelques chansons de Brassens, le timide puis le =
pr=C3=A9sente au public et lui laisse la sc=C3=A9ne. Il chante les =
textes qu'elle ne peut=20
pas chanter, ceux des voleurs de pommes, de m=C3=A9g=C3=A8res =
gendarmicides et de singe=20
violeur de magistrat.
=C2=AB II ne chantait que si j'apportais une =
chaise pour=20
m'asseoir au premier rang, devant lui. Il m'a fait =C3=A7a pendant six =
mois, c'=C3=A9tait=20
le c=C3=B4t=C3=A9 caprice du monsieur =C2=BB (Patachou). D=C3=A9sormais, =
Brassens est nourri tous=20
les soirs et re=C3=A7oit m=C3=AAme un ch=C3=A8que. Tr=C3=A8s vite, il =
d=C3=A9cide de confier la gestion=20
de ses finances =C3=A0 Ont=C3=A9niente.
=C2=AB Enfin, quelqu'un dont =
l'humour =C3=A9tait =C3=A0 la=20
fois tendre et f=C3=A9roce, qui parvenait =C3=A0 se montrer totalement =
original tout en=20
=C3=A9tant l'h=C3=A9ritier d'une tradition fran=C3=A7aise de =
po=C3=A8tes-chansonniers contestataires=20
de l'ordre =C3=A9tabli et ceci, avec une pr=C3=A9sence indiscutable =
=C2=BB. (Jacques Canetti,=20
propri=C3=A9taire des Trois Baudets et directeur artistique chez =
Philips). Canetti a=20
vu chanter "le moustachu" et l'invite sur ses tourn=C3=A9es. Patachou =
lui donne un=20
costume retouch=C3=A9 de Maurice Chevalier, Pierre Nicolas Ie rejoint =
avec sa=20
contrebasse et devient son complice.
=
P>Le=20
voil=C3=A0 lanc=C3=A9. Brassens est engag=C3=A9 aux Trois Baudets. Il =
s'ach=C3=A8te une Lambretta.=20
Tout s'acc=C3=A9l=C3=A8re Noir, but=C3=A9, farouche, suant le trac =
derri=C3=A8re ses grosses=20
bacchantes, les yeux baiss=C3=A9s, le pied gauche sur une chaise, =
Brassens ne=20
s'habitue pas =C3=A0 la sc=C3=A8ne. Pourtant, tous les soirs, sa =
guitare, ses textes=20
rageusement comiques et sa voix rugueuse cassent la baraque. Apr=C3=A8s =
les Trois=20
Baudets, il continue la soir=C3=A9e =C3=A0 la Villa d'Este ou au Vieux =
Colombier. Physique=20
de b=C3=BBcheron, t=C3=AAte de bandit calabrais, allure de clodo, =
Brassens d=C3=A9tonne. Tr=C3=A8s=20
vite, on se d=C3=A9place pour voir le ph=C3=A9nom=C3=A8ne, on en parle =
=C3=A0 ses amis et on les=20
ram=C3=A8ne. Ren=C3=A9 Fallet, du Canard Encha=C3=AEn=C3=A9 salue =
l'artiste comme un fr=C3=A8re qu'il=20
devient d'ailleurs tr=C3=A8s vite, =C2=AB Brassens est un bon gros =
camion de routier lanc=C3=A9=20
=C3=A0 toute berzingue sur les chemins de la libert=C3=A9 =
=C2=BB.
Parall=C3=A8lement, Canetti=20
tente de faire chanter du Brassens par des interpr=C3=A8tes prestigieux =
(Chevalier,=20
les Fr=C3=A8res Jacques, Montand), tous acceptent puis se d=C3=A9filent. =
Seul Brassens=20
peut chanter Brassens.
Fin 1952, Brassens, sign=C3=A9 chez Philips =
par Canetti,=20
enregistre ses premiers disques, quatre 78 tours, sur le label Polydor =
(la=20
maison-m=C3=A8re craignant pour son image de marque). Les titres sont =
imm=C3=A9diatement=20
interdits de radio. Premi=C3=A8re censure et premier Prix (Acad=C3=A9mie =
Charles Cros). Le=20
moustachu bourru ose rire des valeurs sociales =C3=A9tablies et descend, =
en vers, les=20
Institutions. La pol=C3=A9mique commence.
Ferr=C3=A9, Mouloudji, =
Brel, Gr=C3=A9co, Leclerc,=20
depuis quelque temps, =C3=A7a bouge sur la Butte. Le =
bouche-=C3=A0-oreille fonctionne et=20
on s'int=C3=A9resse au nouveau style (vite nomm=C3=A9 chanson "rive =
gauche").=20
L'Auteur-Compositeur-Interpr=C3=A8te est port=C3=A9 aux nues et une =
nouvelle g=C3=A9n=C3=A9ration=20
s'engouffre dans la br=C3=A8che ouverte par Brassens.
En 1953, =
=C3=A7a d=C3=A9marre.=20
Brassens passe en vedette dans quelques cabarets parisiens, part chanter =
=C3=A0=20
Bruxelles puis dans 36 villes =C3=A0 travers la France avant d'attaquer =
Bobino au=20
mois d'octobre, en t=C3=AAte d'affiche.
=
P>Son=20
roman, La tour des miracles, est =C3=A9dit=C3=A9. Il raconte les =
aventures des locataires=20
du 7e =C3=A9tage d'une maison d=C3=A9glingu=C3=A9e, vivant au =
m=C3=A9pris des r=C3=A8gles =C3=A9tablies de=20
travail, famille, mariage et biens=C3=A9ance. Brassens =C3=A9crit la vie =
dont il=20
r=C3=AAve.
Apr=C3=A8s de longues ann=C3=A9es d'absence pendant =
lesquelles il entretenait des=20
relations =C3=A9pistolaires permanentes avec Elvira et sa soeur Simone, =
Brassens met=20
son scooter dans le train et ose retourner =C3=A0 S=C3=A8te. D=C3=A8s =
lors, Brassens-le-fils y=20
reviendra r=C3=A9guli=C3=A8-rement. D=C3=A9jeuner avec ses parents, =
tra=C3=AEner avec ses amis,=20
partir p=C3=AAcher en bateau.
Malgr=C3=A9 le succ=C3=A8s =
incontestable de son fils, Elvira=20
n'est pas convaincue. Elle aurait pr=C3=A9f=C3=A9r=C3=A9 le voir en =
t=C3=A9nor "bien comme il faut".=20
- =C2=AB Quand elle a commenc=C3=A9 =C3=A0 entendre "H=C3=A9catombe", =
"Marinette ", =C3=A7a lui a fait de=20
la peine, je pense que cela lui a g=C3=A2ch=C3=A9 son plaisir =C2=BB. =
Elvira et Louis ne=20
viendront jamais le voir sur sc=C3=A8ne. Brassens chante pour sa =
g=C3=A9n=C3=A9ration, pas pour=20
la leur.
La nouvelle renomm=C3=A9e n'a pas d=C3=A9boussol=C3=A9 le =
trentenaire qui en=20
partage les fruits avec ceux qui l'ont toujours entour=C3=A9. Les =
premiers cachets=20
transforment la petite maison de l'impasse Florimont. Eau, gaz et =
=C3=A9lectricit=C3=A9,=20
le confort arrive chez les humbles et les amis de passage n'ont plus =
besoin=20
d'amener leur bifteck. Apr=C3=A8s son boulot, Ont=C3=A9niente commence =
=C3=A0 travailler sur=20
l'organisation des tourn=C3=A9es et les projets d'affiche. Brassens lui =
propose de=20
s'occuper =C3=A0 plein temps de ses affaires. Le secr=C3=A9taire =
officieux,=20
l'ami-confident est promu g=C3=A9rant. Ont=C3=A9niente devient =
"Gibraltar", le Roc, le=20
passage oblig=C3=A9 entre Brassens, le m=C3=A9tier, les qu=C3=A9mandeurs =
et les amis. Celui qui=20
le prot=C3=A8ge et fabrique le cocon dont il a besoin.
Emploi du =
temps immuable et=20
vie extr=C3=AAmement r=C3=A9gl=C3=A9e autour du m=C3=A9tro Plaisance, =
P=C3=BCppchen dans l'ombre,=20
Gibraltar aux finances, Nicolas =C3=A0 la contrebasse, Philips =C3=A0 =
l'usine, le syst=C3=A8me=20
Brassens est en place... Ad vitam aeternam.
Brassens est =
l=C3=A2ch=C3=A9 et profite des=20
ann=C3=A9es investies dans l'=C3=A9criture. Olympia, Bobino, salles =
combles, tourn=C3=A9es=20
ininterrompues, en 16 mois Brassens chante un soir sur deux dans six =
pays. Mais=20
d=C3=A9j=C3=A0, il doit lutter contre un mal qui ne le l=C3=A2chera =
plus. Calculs et coliques=20
n=C3=A9phr=C3=A9tiques. Georges cache sa souffrance.
=
P>Brassens=20
d=C3=A9range. Par ce qu'il dit et par la mani=C3=A8re dont il le dit. =
Entre 1952 et 1954,=20
la moiti=C3=A9 de ses chansons sont interdites d'antenne ou passent =
apr=C3=A8s minuit.=20
Censur=C3=A9es, contest=C3=A9es, ind=C3=A9sirables, les chansons de =
Brassens commencent malgr=C3=A9=20
tout =C3=A0 trouver leur public. Europe n=C2=B01, la nouvelle-n=C3=A9e =
de la radio, se d=C3=A9marque=20
de ses consoeurs et programme les artistes interdits sur la RTF et Radio =
Luxembourg. Le gorille passe =C3=A0 l'antenne. Le vent tourne. Avec la =
Chanson pour=20
l'Auvergnat, Brassens entre tout doucement dans la m=C3=A9moire =
collective. L'image=20
du polisson de la chanson =C3=A9volue.
Au d=C3=A9but de sa =
carri=C3=A8re, on l'enferme dans=20
une image d'ours mal l=C3=A9ch=C3=A9, bouffeurs de flics et de =
cur=C3=A9s, alors qu'il se=20
r=C3=A9clame d'une tradition =C3=A0 la fois orale et =C3=A9crite de =
gauloiserie et de=20
paillardise qui remonte au Moyen Age. =C2=AB Une chanson c'est une =
f=C3=AAte de rimes et=20
de mots... Si vous voulez le fond de ma pens=C3=A9e, je vous dirais que =
j'aurais=20
pr=C3=A9f=C3=A9r=C3=A9 =C3=AAtre un grand po=C3=A8te. Le jour o=C3=B9 je =
me suis aper=C3=A7u que je n'en =C3=A9tais pas=20
un, que j'=C3=A9tais un po=C3=A8te mineur, je me suis mis =C3=A0 faire =
de la chanson =C2=BB.Au fil=20
des albums, Brassens se sert de son amour et de sa connaissance de la =
langue=20
pour jouer le trouble-f=C3=AAte dans des fabliaux d=C3=A9capants o=C3=B9 =
il pr=C3=B4ne l'amour=20
libre, l'abolition de la peine de mort et le pacifisme. Images, rimes et =
chutes.=20
Brassens. r=C3=A9invente le pass=C3=A9, pour remuer le =
pr=C3=A9sent.
=C2=AB Il faut que la=20
musique soit comme de la musique de film, qu'elle soit en dessous, il =
faut qu'on=20
l'oublie et que cela me vaille le titre du type qui ne sait pas =
=C3=A9crire la=20
musique =C2=BB.
Des dizaines de m=C3=A9lodies imparables, des airs =
que l'on fredonne,=20
le type-qui-ne-sait-pas-=C3=A9crire-la-musique a r=C3=A9ussi son coup. =
Et tous ceux qui se=20
sont cass=C3=A9 les ongles =C3=A0 essayer de le jouer, ne s'y trompent =
pas. Au piano ou =C3=A0=20
la guitare, Brassens compose avec soin, toujours =C3=A0 la recherche de =
l'osmose=20
entre musique et mots.
=
P>=C2=AB=20
Sa mani=C3=A8re de chanter est souvent comparable =C3=A0 celle des =
chanteurs de blues,=20
notamment par sa mise en place et sa fa=C3=A7on d'attaquer un peu en =
retard sur=20
l'accompagnement =C2=BB (Boris Vian).
De la paume de la main, du bout =
des doigts,=20
du pied, Brassens a =C3=A9labor=C3=A9 sa musique en solitaire intuitif. =
Loin des normes,=20
il s'octroie une grande libert=C3=A9 dans les accords, les temps et =
l'harmonie et=20
ressuscite les rythmes de la tarentelle ou de la gigue. Terroir, guitare =
et rude=20
voix chaude, Brassens sonne blues. =C2=AB Ma musique =
pr=C3=A9f=C3=A9r=C3=A9e, c'est la musique de=20
jazz, je suis un forcen=C3=A9 de la musique de jazz =
=C2=BB.
L'auteur-compositeur devenu=20
interpr=C3=A8te =C3=A0 reculons ne se fera jamais =C3=A0 la sc=C3=A8ne. =
D'autant que son mal=20
s'accentue progressivement, le tordant de douleur et l'obligeant =
m=C3=AAme =C3=A0 venir en=20
ambulance =C3=A0 l'Olympia en 1962 pour assurer son r=C3=A9cital avant =
de regagner=20
l'h=C3=B4pital. Brassens assume sto=C3=AFquement son calvaire.
Choix =
esth=C3=A9tique et=20
provocation, Brassens refuse de c=C3=A9der aux pressions en faveur de=20
l'orchestration. Il s'efforce de pr=C3=A9server son identit=C3=A9 et de =
construire une=20
oeuvre qui r=C3=A9siste aux caprices de la mode. =C2=AB Une chanson doit =
se juger nue =C2=BB.=20
Une chaise, une guitare, une contrebasse, un verre d'eau et un ampli de =
7o=20
watts, des Trois Baudets au TNP de Chaillot o=C3=B9 il passe en 1966 =
avec Juliette=20
Gr=C3=A9co, son style ne variera pas d'un pouce. Epur=C3=A9 =C3=A0 =
l'extr=C3=AAme.
=C2=AB Georges, en=20
r=C3=A9alit=C3=A9, =C3=A9tait un peu paresseux et son ambition, =
c'=C3=A9tait de ne rien faire=20
d'autre qu'=C3=A9crire, ce n'=C3=A9tait pas de passer en public. Il n'y =
passait qu'en=20
fonction de ses besoins, c'est-=C3=A0-dire le moins souvent possible =
=C2=BB (Pierre=20
Ont=C3=A9niente).
Brassens va traverser ainsi tranquillement trois =
d=C3=A9cennies, =C3=A0=20
son rythme. Un
album tous les 2 ou 3 ans, quand il estime que les =
chansons=20
choisies sont pr=C3=AAtes.
Sa discipline d'=C3=A9criture, sa =
recherche perp=C3=A9tuelle sur=20
ses cahiers d'=C3=A9coliers ou sur son magn=C3=A9tophone =C3=A0 bandes =
qui le suit partout, lui=20
permettent d'avoir =C3=A0 disposition un immense r=C3=A9servoir de =
textes et d'enregistrer=20
quand cela lui pla=C3=AEt. La plupart du temps, la version =
d=C3=A9finitive est trouv=C3=A9e sur=20
sc=C3=A8ne, devant son public.
=
P>Pour=20
l'enregistrement, il s'adjoint seulement le soutien rythmique d'une =
seconde=20
guitare, celle de Victor Apicella au "touch=C3=A9 Django", et par la =
suite, celles de=20
Barth=C3=A9l=C3=A9my Rosso et de Jo=C3=ABl Favreau. Il s'installe dans =
le studio, prend=20
tranquillement le temps de plaisanter avec ses amis, d'accorder sa =
guitare et,=20
en deux-trois prises, les titres sont en bo=C3=AEte. =
Brassens-le-d=C3=A9bonnaire laisse=20
Nicolas juger de la qualit=C3=A9 de l'enregistrement avec Andr=C3=A9 =
Tavernier, le=20
co-producteur artistique, et retrouve P=C3=BCppchen et Ont=C3=A9niente =
dans une pi=C3=A8ce =C3=A0=20
c=C3=B4t=C3=A9. De part et d'autre, ni commentaires, ni louanges, ni =
critiques. On n'ose=20
pas.
Dans les ann=C3=A9es 60, il confirme son ascension =
ph=C3=A9nom=C3=A9nale de la d=C3=A9cennie=20
pr=C3=A9c=C3=A9dente. L'arriv=C3=A9e des y=C3=A9y=C3=A9s, impitoyable =
pour les vieilles vedettes, ne le=20
d=C3=A9range pas.
Apr=C3=A8s des ann=C3=A9es de tourn=C3=A9es =
incessantes, il va pouvoir se=20
reposer. Il n' a rien =C3=A0 prouver et ne se sent pas menac=C3=A9. Il =
continue son chemin=20
de petit bonhomme entre l'impasse Florimont, la maison de =
Crespi=C3=A9res achet=C3=A9e en=20
1958, le travail, un tour au Qu=C3=A9bec, ses potes, l'op=C3=A9ration =
d'un rein et des=20
r=C3=A9citals =C3=A0 Bobino. Brassens suit "les =C3=A9v=C3=A9nements de =
68" du fond de son lit=20
d'h=C3=B4pital o=C3=B9 il "Fait des calculs".
=C2=AB Ma vraie place, =
c'est quand je suis =C3=A0=20
ma table avec ma guitare =C3=A0 la main et que - j'=C3=A9cris une =
chanson =C2=BB. Brassens est=20
casanier routinier et vit toute sa carri=C3=A8re hors de la logique du =
show-business.=20
Il s'en sert comme cela l'arrange et rien de plus. Multiplier les =
tourn=C3=A9es et=20
les interviews aurait abouti =C3=A0 =C3=A9crire moins de chansons. =
Brassens =C3=A9crit pour son=20
plaisir et chante parce que c'est son m=C3=A9tier.
En amiti=C3=A9 =
comme en toutes=20
choses, Brassens est avant tout un type fid=C3=A8le. Sa porte et sa =
table seront=20
toujours ouvertes =C3=A0 ceux qui l'accompagnent et le soutiennent =
depuis le d=C3=A9but, =C3=A0=20
ceux qui lui plaisent et =C3=A0 d'autres, que sa timidit=C3=A9 et sa =
r=C3=A9serve n'arrivent=20
pas =C3=A0 =C3=A9loigner. Des "S=C3=A9tois" des r=C3=AAveries de la =
plage aux "Allemands", jusqu'aux=20
"Parisiens" issus principalement des m=C3=A9tiers de la litt=C3=A9rature =
et du spectacle,=20
"la bande de cons" n'a fait que s'agrandir. =C2=AB Il avait autant de =
copains qu'il y=20
eut de r=C3=A9sistants apr=C3=A8s la guerre =C2=BB (Victor Laville, pote =
s=C3=A9tois).
=
P>Brassens=20
est un solitaire n'aimant pas =C3=AAtre seul. Imperturbablement matinal, =
il travaille=20
jusqu'=C3=A0 midi, puis r=C3=A8gle avec Gibraltar les affaires en cours. =
Ce qui lui laisse=20
l'apr=C3=A8s-midi pour recevoir ses potes venus d'horizons tr=C3=A8s =
divers. Une bande de=20
joyeux lurons que Georges-la-zizanie s'amuse parfois =C3=A0 monter les =
uns contre les=20
autres. Impasse Florimont ou rue Santos-Dumont o=C3=B9 "le gros" =
emm=C3=A9nage en 1970, la=20
bande est une grande fratrie masculine qui se r=C3=A9unit souvent autour =
de la table=20
de la cuisine pour lever le coude, discuter, rire et pleurer. =
=C2=AB Ca=20
m'arrive souvent d'aller chez Georges et il ne dit rien, il gratte sa =
guitare et=20
moi je suis de l'autre c=C3=B4t=C3=A9 de la table, je le regarde et puis =
on ne se dit rien=20
et on est contents =C2=BB (Pierre Louki).
Au moulin de =
Crespi=C3=A8res, entre amis,=20
femmes et animaux, Brassens r=C3=A9alise un vieux r=C3=AAve, celui d'une =
maison partag=C3=A9e.=20
On y travaille pour se faire les muscles et le cercle y est un peu plus=20
restreint, m=C3=AAme si Guy B=C3=A9art y amena un jour Georges Pompidou, =
d=C3=A9sireux de=20
discuter de son Anthologie de la po=C3=A9sie fran=C3=A7aise. Mais =
Brassens-le-lucide est=20
bien plac=C3=A9 pour savoir qu'=C3=A0 partir de deux, on est une bande =
de cons et, m=C3=AAme=20
s'il ne l'exprime pas, il sait faire le tri entre ses visiteurs. Il aime =
avant=20
tout =C3=AAtre tranquille.
Dans sa vie priv=C3=A9e, qu'il =
prot=C3=A8ge f=C3=A9rocement de la=20
curiosit=C3=A9 des m=C3=A9dias, Brassens ne veut ni femme, ni enfant. Il =
veut avoir pour=20
lui la disponibilit=C3=A9 totale de son personnage. Pour se consacrer =
enti=C3=A8rement =C3=A0=20
la chanson,
Alors, durant trente-cinq ans, il poursuit =
tranquillement, =C3=A0=20
l'abri des regards indiscrets, ses amours avec P=C3=BCppchen. Leur seul =
foyer commun=20
sera la maison de Crespi=C3=A8res qu'elle am=C3=A9nage pour eux. =
Crespi=C3=A8res, havre de paix=20
et bagne pour les copains, qui creusent, d=C3=A9broussaillent, tondent, =
d=C3=A9cr=C3=A9pissent.=20
=C2=AB Je serais insupportable au quotidien, je ne veux pas qu'elle ait =
=C3=A0 me=20
supporter tous les jours =C2=BB. Brassens chante l'amour. Un amour =
libre, gratuit et=20
faisant fi des obstacles de classe ou d'argent. Promettant l'amour dans =
un coin=20
de son corsage, la femme y appara=C3=AEt, tour =C3=A0 tour m=C3=A8re =
universelle, bon petit=20
diable, m=C3=A9g=C3=A8re gendarmicide, emmerderesse, tra=C3=AEtresse, =
=C3=A9pouse mod=C3=A8le, adult=C3=A8re,=20
voisine, salope, pucelle ou putain. Omnipr=C3=A9sente.
=
P>Elvira,=20
Simone, Jeanne, P=C3=BCppchen, Patachou et les autres, Brassens a =
toujours =C3=A9t=C3=A9=20
soutenu par la "f=C3=A9minine engeance". En retour, il lui chante son =
respect, loin=20
des clich=C3=A9s sur la virilit=C3=A9.
Ultime obsession et th=C3=A8me =
majeur la mort. Tout=20
au long de sa vie, Brassens ne cesse de la tutoyer pour l'apprivoiser.=20
Contrairement au silence de mise sur le sujet, il en fait un sujet de=20
plaisanterie, se ballade dans les cimeti=C3=A8res et m=C3=A9lange =
all=C3=A8grement blagues=20
morbides et r=C3=A9alit=C3=A9 sinistre. D=C3=A9s 1953, Brassens vit avec =
la maladie et=20
sait "qu'en acceptant de vivre, il a accept=C3=A9 de mourir" mais =
il n'est pas=20
press=C3=A9 d'en finir. Brassens est persuad=C3=A9 qu'il vivra =
centenaire. =C2=AB Si l'on croit=20
en Dieu, ce n'est pas grave la mort, et si l'on ne croit pas en Dieu, ce =
n'est=20
pas grave non plus, on dispara=C3=AEt et puis c'est tout =
=C2=BB.
Agnostique plut=C3=B4t=20
qu'ath=C3=A9e. P=C3=A8re =C3=A9ternel, Grand Manitou, J=C3=A9hovah ou =
Bon Dieu de chez nous,=20
Brassens doute et ne croit pas. Mais il aimerait bien. =C2=AB Je =
parle beaucoup=20
de Dieu, je le cherche un peu, dans mes chansons. J'esp=C3=A8re quand =
m=C3=AAme, s'Il=20
existe, qu'un jour, Il ne va pas tarder =C3=A0 me faire signe, parce que =
c'est long=20
=C2=BB. A partir du d=C3=A9but des ann=C3=A9es 60, la camarde... le =
poursuit d'un z=C3=A8le=20
imb=C3=A9cile. Les vrais enterrements commencent et le ton change. En =
d=C3=A9cembre 1962,=20
Brassens chante =C3=A0 l'Alcazar de Marseille lorsque =
Elvira-la-M=C3=A8re meurt. En 1965,=20
apr=C3=A8s avoir raccompagn=C3=A9 plusieurs amis, il perd =C3=A9galement =
son p=C3=A8re et Marcel=20
Planche.
Un an plus tard, il entonne sa "Supplique pour =C3=AAtre =
enterr=C3=A9 =C3=A0 la=20
plage de S=C3=A8te "et commence =C3=A0 r=C3=AAver d'une "tombe en =
sandwich entre le ciel et=20
l'eau".
=
P>En=20
1971, il abandonne Crespi=C3=A8res cern=C3=A9 par les tondeuses =C3=A0 =
gazon et se rapproche de=20
la mer en achetant la maison de L=C3=A9zardrieux, en Bretagne (le pays =
de Jeanne,=20
morte trois ans plus t=C3=B4t).
Entre Santos-Dumont, L=C3=A9zardrieux =
et S=C3=A8te, Brassens=20
continue d'=C3=A9couter les nouveaut=C3=A9s, d'=C3=A9crire, de lire et =
de composer. En 1977, il=20
monte sur la sc=C3=A8ne de Bobino. Ce sera la derni=C3=A8re fois. La =
maladie le ronge=20
depuis un moment et, m=C3=AAme s'il ne veut pas l'admettre, cette =
fois-ci, c'est du=20
s=C3=A9rieux. En septembre 1980, il accepte enfin d'=C3=AAtre =
hospitalis=C3=A9. Apr=C3=A8s une=20
op=C3=A9ration, Brassens se refait une petite sant=C3=A9 rue =
Santos-Dumont et se remet =C3=A0=20
penser projets.
L'=C3=A9t=C3=A9 1981 sera difficile et, en octobre, =
Brassens l'amaigri=20
part en convalescence dans Le Sud, dans la famille de son m=C3=A9decin. =
P=C3=BCppchen est=20
=C3=A0 son chevet et Ont=C3=A9niente rapplique en catastrophe de Paris =
avec la voiture que=20
Brassens lui a demand=C3=A9 d'amener. Un orage terrible et une fuite =
d'huile le=20
bloquent =C3=A0 Mont=C3=A9limar et le malade ronchonne : =C2=AB il va =
encore me saloper la=20
voiture =C2=BB. Georges vient d'avoir 60 ans. C'est son dernier =
anniversaire.
=C2=ABJe=20
ne mourrai pas =C3=A0 Monfaucon mais dans un lit comme un vrai =
con=C2=BB. (Le moyen=C3=A2geux)=20