From: =?Windows-1252?Q?Enregistr=E9_par_Windows_Internet_Explorer=A07?= Subject: =?Windows-1252?Q?Recherches_sur_la_p=E9riode_glaciaire_et_l=92ancienne_ex?= =?Windows-1252?Q?tension_des_glaciers_du_Mont-Blanc_depuis_les_Alpes_jusq?= =?Windows-1252?Q?u=92au_Jura_-_Wikisource?= Date: Fri, 11 Jul 2008 09:06:06 +0200 MIME-Version: 1.0 Content-Type: multipart/related; type="text/html"; boundary="----=_NextPart_000_0097_01C8E335.5A4C97C0" X-MimeOLE: Produced By Microsoft MimeOLE V6.0.6000.16545 This is a multi-part message in MIME format. ------=_NextPart_000_0097_01C8E335.5A4C97C0 Content-Type: text/html; charset="utf-8" Content-Transfer-Encoding: quoted-printable Content-Location: http://fr.wikisource.org/wiki/Recherches_sur_la_p%C3%A9riode_glaciaire_et_l%E2%80%99ancienne_extension_des_glaciers_du_Mont-Blanc_depuis_les_Alpes_jusqu%E2%80%99au_Jura =EF=BB=BF
Au mois d'ao=C3=BBt 1815, un g=C3=A9ologue revenait d'une longue =
excursion sur les=20
glaciers qui occupent le fond de la vall=C3=A9e de Lourtier, vall=C3=A9e =
lat=C3=A9rale =C3=A0 celle=20
qui m=C3=A8ne au couvent du grand Saint-Bernard. D=C3=A9sirant se rendre =
le jour suivant =C3=A0=20
l'hospice par un col difficile et peu connu, il passa la nuit dans la =
cabane=20
d'un chasseur de chamois, appel=C3=A9 Jean-Pierre Perraudin, qui devait =
lui servir de=20
guide le lendemain. Assis devant le foyer o=C3=B9 br=C3=BBlaient des =
touffes de=20
rhododendron, dont la fum=C3=A9e odorante s'=C3=A9chappait par le haut =
du toit, le=20
g=C3=A9ologue et le montagnard parlaient des hautes r=C3=A9gions qu'ils =
avaient l'un et=20
l'autre si souvent parcourues. Puis la conversation vint =C3=A0 tomber =
sur ces gros=20
blocs de granite qu'on trouve souvent =C3=A0 une grande distance des =
rochers d'o=C3=B9 ils=20
ont =C3=A9t=C3=A9 d=C3=A9tach=C3=A9s. Le g=C3=A9ologue expliquait =
longuement au montagnard comment les=20
savans avaient d=C3=A9montr=C3=A9, =C3=A0 l'aide de profonds calculs, =
que ces blocs erratiques=20
ont =C3=A9t=C3=A9 transport=C3=A9s jadis par de grands courans d'eau. A =
tout cela Jean=20
Perraudin ne pouvait r=C3=A9pondre, mais il hochait la t=C3=AAte d'un =
air de doute et=20
d'incr=C3=A9dulit=C3=A9. =C2=ABM'est avis, dit-il enfin, que les =
glaciers de nos Alpes =C3=A9taient=20
jadis bien plus =C3=A9tendus qu'ils ne le sont actuellement. Toute notre =
vall=C3=A9e=20
jusqu'=C3=A0 une grande hauteur au-dessus du torrent de la Durance a =
=C3=A9t=C3=A9 remplie par=20
un vaste glacier qui descendait jusqu'=C3=A0 Martigny, comme le prouvent =
les blocs de=20
roche qu'on trouve dans les environs de cette ville, et qui sont trop =
gros pour=20
que l'eau ait pu les y amener. =C2=BB En parlant ainsi, Perraudin =
ne se doutait=20
gu=C3=A8re avoir fait une grande d=C3=A9couverte et r=C3=A9solu, =C3=A0 =
force de bon sens, un=20
probl=C3=A8me que le g=C3=A9nie des plus c=C3=A9l=C3=A8bres =
g=C3=A9ologues, arm=C3=A9 de toutes les ressources=20
de la science, avait abord=C3=A9 sans succ=C3=A8s.
Heureusement le savant auquel il venait de communiquer le = r=C3=A9sultat de ses=20 observations solitaires =C3=A9tait un homme pratique, plus soucieux de = faits que de=20 th=C3=A9ories. Le germe que le paysan avait jet=C3=A9 dans son esprit = s'y d=C3=A9veloppa=20 librement, et l'id=C3=A9e d'une ancienne extension des glaciers = au-del=C3=A0 de leurs=20 limites actuelles devint pendant vingt ans l'objet constant de ses = recherches et=20 de ses m=C3=A9ditations. Un ing=C3=A9nieur de ses amis, M. Venetz, avait = =C3=A9t=C3=A9 amen=C3=A9 de son=20 c=C3=B4t=C3=A9 aux m=C3=AAmes vues par l'=C3=A9tude des blocs erratiques = du Valais. Enfin, en 1834,=20 lorsque sa conviction fut compl=C3=A8te et appuy=C3=A9e sur des preuves = nombreuses et=20 irr=C3=A9cusables, M. de Charpentier (car c'=C3=A9tait lui qui avait = =C3=A9t=C3=A9 le confident de=20 Perraudin) =C3=A9mit ses opinions au congr=C3=A8s des naturalistes = suisses r=C3=A9unis =C3=A0=20 Lucerne. Comme toute id=C3=A9e nouvelle, celle-ci fut accueillie avec = froideur ou=20 repouss=C3=A9e avec d=C3=A9dain; mais, comme c'=C3=A9tait une = v=C3=A9rit=C3=A9, elle fit son chemin toute=20 seule, et aujourd'hui c'est une des questions les plus importantes qui = aient=20 agit=C3=A9 le public g=C3=A9ologique. Grace aux nombreux travaux = publi=C3=A9s sur cette=20 question depuis quelques ann=C3=A9es (1), le ph=C3=A9nom=C3=A8ne des = Alpes a pris les=20 proportions d'une grande r=C3=A9volution, qui a eu pour = th=C3=A9=C3=A2tre une portion=20 consid=C3=A9rable des deux h=C3=A9misph=C3=A8res. Si le g=C3=A9nie de = l'homme peut s'=C3=A9lever un jour=20 =C3=A0 la cause de ce cataclysme glaciaire, il aura jet=C3=A9 la plus = vive lumi=C3=A8re sur la=20 derni=C3=A8re phase de l'histoire g=C3=A9ologique du globe, sur = l'=C3=A9poque myst=C3=A9rieuse qui a=20 pr=C3=A9c=C3=A9d=C3=A9 l'apparition de l'homme =C3=A0 la surface de la = terre et sur ce d=C3=A9luge=20 universel dont la trace se retrouve dans toutes les traditions des = peuples, en=20 Europe, en Asie et dans les deux Am=C3=A9riques. La relation intime qui = lie ces deux=20 ph=C3=A9nom=C3=A8nes ne saurait =C3=AAtre ni=C3=A9e, car elle nous est = attest=C3=A9e =C3=A0 la fois par le=20 raisonnement et par l'observation. N=C3=A9anmoins nous ne poursuivrons = pas l'=C3=A9tude=20 des ph=C3=A9nom=C3=A8nes glaciaires dans tous les pays o=C3=B9 ils ont = =C3=A9t=C3=A9 signal=C3=A9s; nous nous=20 bornerons =C3=A0 les =C3=A9tudier dans les Alpes, o=C3=B9 les faits, = bien connus et mieux=20 appr=C3=A9ci=C3=A9s, peuvent =C3=AAtre v=C3=A9rifi=C3=A9s chaque = ann=C3=A9e par de nombreux voyageurs.
Les glaciers de la Suisse et de la Savoie ont-ils toujours = =C3=A9t=C3=A9 circonscrits=20 dans leurs limites actuelles, ou se sont-ils =C3=A9tendus autrefois dans = les grandes=20 plaines qui environnent la cha=C3=AEne des Alpes? Tel est le = probl=C3=A8me r=C3=A9duit =C3=A0 sa=20 plus simple expression. Mon but est d'exposer les faits sur lesquels = s'appuient=20 les partisans de l'ancienne extension des glaciers. Pour faire accepter = cette=20 id=C3=A9e, ils ont =C3=A0 combattre, chez les savans, des convictions = anciennes appuy=C3=A9es=20 sur les autorit=C3=A9s les plus irr=C3=A9cusables en g=C3=A9ologie; chez = les gens du monde, le=20 t=C3=A9moignage de la tradition biblique et celui de tous les sens qui = se r=C3=A9voltent =C3=A0=20 la seule pens=C3=A9e que ces plaines si fertiles et si anim=C3=A9es = aient =C3=A9t=C3=A9 ensevelies=20 pendant de longues p=C3=A9riodes de temps sous un immense linceul de = neige et de=20 glace. Les uns et les autres ont le droit d'exiger des preuves = nombreuses et=20 positives. Ces preuves existent; mais, avant de les examiner, il est=20 indispensable de poss=C3=A9der quelques notions sur les glaciers = actuels; car la=20 m=C3=A9thode suivie par les g=C3=A9ologues auxquels on doit les = r=C3=A9sultats que nous allons=20 exposer a toujours =C3=A9t=C3=A9 celle que M. Constant Pr=C3=A9vost a = introduite dans la=20 science, et qui peut se r=C3=A9sumer en ces mots : = =C2=AB =C3=89tudier le mode=20 d'action des =C3=A9l=C3=A9mens naturels que nous voyons fonctionner sous = nos yeux et=20 comparer les effets qu'ils produisent =C3=A0 ceux dont la surface du = globe a conserv=C3=A9=20 l'empreinte. =C2=BB En proc=C3=A9dant ainsi, nous verrons que = partout, dans les=20 vastes plaines qui environnent les Alpes, on rencontre les traces de ces = glaciers gigantesques dont ceux d'aujourd'hui ne sont, pour ainsi dire, = que la=20 miniature. Cependant, quoique r=C3=A9duits =C3=A0 de faibles dimensions, = les glaciers=20 actuels nous offrent en petit tous les ph=C3=A9nom=C3=A8nes que les = nappes de glace=20 offraient jadis sur une plus grande =C3=A9chelle. Les effets sont les = m=C3=AAmes, et de=20 leur identit=C3=A9 nous pourrons conclure =C3=A0 celle des agens qui les = ont produits.
xxxxxxxxxx
(1) Parmi ces travaux, nous =
citerons=20
ceux de MM. Agassiz, Desor, A. Guyot, J. Forbes, Studer, A. Escher de la =
Linth=20
et Blanchet dans les Alpes; Leblanc, Renoir, Hogard et E. Collomb dans =
les=20
Vosges; Agassiz, Lyell, Buckland, Smith, Maclaren en =C3=89cosse, en =
Angleterre et en=20
Irlande; M. Brongniart, Sefstroem, Keillhau, Boethling, Siljestroem, =
Daubr=C3=A9e,=20
Murchison, de Verneuil et Durocher en Scandinavie; Hitchkock et Darwin =
en=20
Am=C3=A9rique.
Du haut des cr=C3=AAtes du Jura, qui dominent le bassin du = L=C3=A9man, on embrasse d'un=20 seul coup d'oeil toute la cha=C3=AEne des Alpes, depuis le Valais = jusqu'en Dauphin=C3=A9.=20 Seule, la masse colossale du Mont-Blanc, assise sur sa large base, = s'=C3=A9l=C3=A8ve=20 majestueusement au-dessus de cette longue ar=C3=AAte dentel=C3=A9e. Les = plus hautes cimes=20 se distinguent des sommets moins =C3=A9lev=C3=A9s par la blancheur = =C3=A9clatante des neiges=20 qui les recouvrent. En =C3=A9t=C3=A9, la limite inf=C3=A9rieure de ces = neiges perp=C3=A9tuelles=20 forme une ligne droite horizontale, parfaitement tranch=C3=A9e, qui = contraste avec la=20 sombre verdure des for=C3=AAts =C3=A9tendues au pied des montagnes. = Cette ligne, c'est=20 celle des neiges =C3=A9ternelles. Au-dessus, l'hiver r=C3=A8gne seul; = au-dessous, les=20 saisons suivent leur cours r=C3=A9gulier. Au-dessus, la vie existe = =C3=A0 peine et est=20 repr=C3=A9sent=C3=A9e seulement par quelques plantes polaires et = quelques insectes=20 =C3=A9ph=C3=A9m=C3=A8res; au-dessous, elle se manifeste sous mille = formes vari=C3=A9es, depuis les=20 plus hautes r=C3=A9gions o=C3=B9 s'aventurent le pin et le chamois = jusqu'aux plaines=20 habit=C3=A9es par les hommes, o=C3=B9 les moissons jaunissent et o=C3=B9 = la vigne m=C3=BBrit ses=20 fruits.
En Suisse, la limite inf=C3=A9rieure des neiges perp=C3=A9tuelles est = =C3=A0 2 700 m=C3=A8tres=20 au-dessus du niveau de la mer; mais, en s'approchant des Alpes, en = p=C3=A9n=C3=A9trant=20 dans les vall=C3=A9es =C3=A9troites qui d=C3=A9coupent les massifs = principaux, tels que ceux du=20 Mont-Blanc, du Mont-Rose, du Saint-Gothard et de la Jungfrau, on = s'aper=C3=A7oit que=20 cette limite n'est pas une ligne droite, comme elle le para=C3=AEt, = quand on la=20 consid=C3=A8re de loin. Les champs de neiges =C3=A9ternelles = =C3=A9mettent, pour ainsi dire,=20 des rameaux qui descendent dans les vall=C3=A9es sous la forme de masses = de glace=20 semblables =C3=A0 des torrens congel=C3=A9s. Ces masses sont des = glaciers. Leur=20 pied est souvent =C3=A0 plus de 1 500 m=C3=A8tres au-dessous de la = limite des neiges=20 perp=C3=A9tuelles et avoisine quelquefois de grands villages, tels que = ceux de=20 Chamonix, de Courmayeur et de Grindelwald, dont la hauteur moyenne est = de 1 120=20 m=C3=A8tres au-dessus de la mer. Toutefois il existe un grand nombre de = glaciers qui=20 ne descendent pas aussi bas et s'arr=C3=AAtent sur ces pentes = =C3=A9lev=C3=A9es o=C3=B9 l'on ne=20 trouve plus que des chalets =C3=A9pars, habit=C3=A9s seulement pendant = quelques mois de=20 l'ann=C3=A9e.
Quelles sont les relations qui existent entre ces glaciers et les = champs de=20 neige auxquels ils se rattachent? c'est la premi=C3=A8re question que = nous devons=20 examiner. La science l'a d=C3=A9j=C3=A0 r=C3=A9solue. En hiver, au = printemps et en automne, il=20 tombe sur les sommets des Alpes des masses de neige consid=C3=A9rables = (1). Ces=20 neiges, chass=C3=A9es par les vents, emport=C3=A9es par les tourbillons, = s'accumulent=20 surtout dans les grandes d=C3=A9pressions qui avoisinent les hautes = cimes. Ces=20 d=C3=A9pressions sont connues sous le nom de cirques, car elles = se terminent=20 ordinairement par une enceinte demi-circulaire, couronn=C3=A9e de = sommets =C3=A9lev=C3=A9s.=20 Tels sont, aux environs de Chamonix, le cirque qui s'arr=C3=AAte au col = du G=C3=A9ant, le=20 grand plateau, qui n'est qu'=C3=A0 800 m=C3=A8tres au-dessous de la cime = du Mont-Blanc;=20 pr=C3=A8s de Grindelwald, le cirque qui conduit =C3=A0 la Strahleck; au = Grimsel, ceux du=20 Lauteraar et du Finsteraar. Les neiges qui s'accumulent dans les cirques = ne=20 restent pas immobiles ; elles sont anim=C3=A9es d'un mouvement de = progression=20 qui les entra=C3=AEne vers la vall=C3=A9e. Semblables =C3=A0 ces lacs = qui alimentent une=20 rivi=C3=A8re, et dont les eaux commencent =C3=A0 couler lentement = d=C3=A8s que l'influence de=20 la pente se fait sentir, ces champs de neige peuvent glisser sur les = terrains=20 les plus faiblement inclin=C3=A9s. A mesure que cette neige descend dans = les r=C3=A9gions=20 plus temp=C3=A9r=C3=A9es, elle subit, surtout dans la belle saison, des = modifications=20 importantes qui en changent compl=C3=A8tement la nature et = l'aspect : elle se=20 transforme en glace. Voici comment s'op=C3=A8re cette transformation. A = la chaleur=20 des rayons du soleil, la surface de la neige commence =C3=A0 fondre; = l'eau r=C3=A9sultant=20 de cette fusion s'infiltre dans les couches inf=C3=A9rieures, qui se = changent, sous=20 l'influence des gel=C3=A9es nocturnes, en une masse granuleuse, = compos=C3=A9e de petits=20 gla=C3=A7ons encore d=C3=A9sagr=C3=A9g=C3=A9s; mais plus adh=C3=A9rens = entre eux que les flocons qui leur=20 ont donn=C3=A9 naissance. Cet =C3=A9tat de la neige a =C3=A9t=C3=A9 = d=C3=A9sign=C3=A9 par les physiciens=20 suisses sous le nom de n=C3=A9v=C3=A9. Pendant tout = l'=C3=A9t=C3=A9, ce n=C3=A9v=C3=A9 s'infiltre de=20 nouvelles quantit=C3=A9s d'eau provenant toujours de la fonte = superficielle ou de=20 celle des neiges environnantes, dont les eaux viennent se r=C3=A9unir = dans la=20 d=C3=A9pression qui forme le berceau du glacier. Dans ces r=C3=A9gions, = le thermom=C3=A8tre=20 tombant chaque nuit au-dessous de z=C3=A9ro, m=C3=AAme au coeur de = l'=C3=A9t=C3=A9, ce n=C3=A9v=C3=A9 se=20 cong=C3=A8le =C3=A0 plusieurs reprises. A la suite de ces fusions et de = ces cong=C3=A9lations=20 successives, il offre l'apparence d'une glace blanche compacte, mais = remplie=20 d'une infinit=C3=A9 de petites bulles d'air sph=C3=A9riques ou = sph=C3=A9ro=C3=AFdales : c'est=20 la glace bulleuse des auteurs qui ont =C3=A9crit sur ce sujet. = L'infiltration=20 et la cong=C3=A9lation de la masse devenant de plus en plus parfaite = =C3=A0 mesure que le=20 glacier descend vers les r=C3=A9gions habit=C3=A9es, l'eau finit par = remplacer toutes les=20 bulles d'air : alors la transformation est compl=C3=A8te, la glace = para=C3=AEt=20 homog=C3=A8ne et pr=C3=A9sente ces belles teintes azur=C3=A9es qui font = l'admiration des=20 voyageurs. Telle est, en peu de mots, l'histoire de la formation d'un=20 glacier : en r=C3=A9alit=C3=A9, il se compose, comme on le voit, de = toutes les=20 couches de neige accumul=C3=A9es pendant une longue s=C3=A9rie = d'ann=C3=A9es, et qui, peu =C3=A0=20 peu, se sont converties en glace plus ou moins compacte.
Si les chaleurs de l'=C3=A9t=C3=A9 ne limitaient pas l'accroissement = des glaciers, ils=20 grandiraient ind=C3=A9finiment en longueur et en puissance; mais chaque = =C3=A9t=C3=A9 voit=20 dispara=C3=AEtre une =C3=A9paisseur consid=C3=A9rable de la surface = glaciaire (2) : c'est=20 le ph=C3=A9nom=C3=A8ne que M. Agassiz a d=C3=A9sign=C3=A9 sous le nom = d=E2=80=99ablation. En m=C3=AAme=20 temps, l'extr=C3=A9mit=C3=A9 inf=C3=A9rieure fond rapidement, et le = glacier diminuerait chaque=20 ann=C3=A9e, si une progression incessante ne venait contre-balancer cet = effet. Il=20 s'=C3=A9tablit ainsi une esp=C3=A8ce d'=C3=A9quilibre entre la fonte = estivale d'un c=C3=B4t=C3=A9 et la=20 progression annuelle de l'autre. Si la saison est chaude et s=C3=A8che, = c'est la=20 fusion qui l'emporte, et le glacier recule; si l'=C3=A9t=C3=A9 est froid = et pluvieux, la=20 progression compense largement les effets de la fusion, et le glacier=20 avance.
On comprend actuellement quelles sont les influences qui assignent = aux=20 glaciers une limite moyenne autour de laquelle ils peuvent osciller sans = la=20 d=C3=A9passer jamais. Il est moins facile de se rendre compte pourquoi = certains=20 glaciers descendent dans les vall=C3=A9es habit=C3=A9es, tandis que = d'autres restent=20 suspendus aux flancs des plus hautes montagnes. Ces diff=C3=A9rences = tiennent =C3=A0 la=20 grandeur et =C3=A0 la hauteur des cirques, qui servent =C3=A0 = l'alimentation de ces=20 glaciers. Plus ces cirques seront vastes et =C3=A9lev=C3=A9s, et plus la = quantit=C3=A9 de neige=20 qui s'y accumulera sera consid=C3=A9rable, plus aussi les = =C3=A9missaires des champs de=20 neige descendront dans les basses vall=C3=A9es et regagneront, pour = ainsi dire, le=20 terrain que la fusion leur fait perdre chaque ann=C3=A9e. C'est ainsi = que le glacier=20 des Bossons, dont la source est au grand plateau du Mont-Blanc, vaste = cirque=20 situ=C3=A9 =C3=A0 pr=C3=A8s de 4 000 m=C3=A8tres au-dessus de la mer, = s'abaisse jusqu'=C3=A0 1 040=20 m=C3=A8tres, et s'avance au milieu des habitations, des vergers et des = champs=20 cultiv=C3=A9s. Les glaciers d'Aletsch, de Viesch, de Grindelwald, de = Zermatt, sont=20 dans le m=C3=AAme cas. Tous les ans, le voyageur =C3=A9tonn=C3=A9 peut = voir des moissons dor=C3=A9es=20 =C3=A0 c=C3=B4t=C3=A9 du glacier de la Brenva, qui descend de la face = m=C3=A9ridionale du=20 Mont-Blanc. L'influence de la grandeur et de l'=C3=A9l=C3=A9vation des = cirques=20 contre-balance m=C3=AAme, suivant la remarque de M. Desor, celle de = l'exposition, et=20 explique ce fait surprenant, que les glaciers les plus longs et les plus = puissans des Alpes bernoises se trouvent sur le versant m=C3=A9ridional = de la=20 cha=C3=AEne.
Nous avons vu que ces glaciers =C3=A9taient anim=C3=A9s d'un = mouvement de progression=20 qui les entra=C3=AEne vers la plaine. Quelles sont les lois de ce = mouvement? La=20 recherche de ces lois a constamment pr=C3=A9occup=C3=A9 tous les = physiciens qui se sont=20 livr=C3=A9s =C3=A0 ce genre de travaux, sans qu'ils aient pu jusqu'ici = d=C3=A9duire, la cause=20 de cet avancement de l'ensemble des ph=C3=A9nom=C3=A8nes singuliers qui = le caract=C3=A9risent.=20 M. J.-D. Forbes les a =C3=A9tudi=C3=A9s sur la mer de glace de Chamonix; = mais c'est sur=20 les glaciers de l'Aar que les observations ont =C3=A9t=C3=A9 = continu=C3=A9es avec le plus de=20 soin et de pers=C3=A9v=C3=A9rance. Depuis 1842, MM. Agassiz et Desor, = aid=C3=A9s du concours de=20 MM. Wild, Otz et Dollfus-Ausset, se sont occup=C3=A9s sans rel=C3=A2che = de cette question;=20 ils ont constat=C3=A9 que, dans sa partie moyenne, ce glacier avance de = 71 m=C3=A8tres par=20 an. Vers l'extr=C3=A9mit=C3=A9 inf=C3=A9rieure, la vitesse de la = progression se ralentit au=20 point de n'=C3=AAtre plus que de 39 m=C3=A8tres; elle = s'acc=C3=A9l=C3=A8re au contraire un peu vers=20 le haut, o=C3=B9 le glacier parcourt annuellement un espace de 75 = m=C3=A8tres (3).
L'inclinaison de la pente sur laquelle le glacier descend ne = para=C3=AEt pas avoir=20 d'influence sur la rapidit=C3=A9 de sa marche, mais elle est = singuli=C3=A8rement modifi=C3=A9e=20 par les parois du couloir dans lequel il se meut. Le frottement de la = glace=20 contre ces parois ralentit consid=C3=A9rablement la progression des = parties lat=C3=A9rales=20 du glacier. Il y a plus : si un promontoire s'avance vers le milieu = de la=20 vall=C3=A9e, le glacier, arr=C3=AAt=C3=A9 par un de ses c=C3=B4t=C3=A9s, = contourne l'obstacle avec une=20 extr=C3=AAme lenteur, ou plut=C3=B4t ce c=C3=B4t=C3=A9 reste en = arri=C3=A8re, tandis que la partie=20 moyenne et le bord oppos=C3=A9 continuent =C3=A0 marcher avec leur = vitesse relative.
xxxxxxxxxx
(1) La hauteur de la neige =
tomb=C3=A9e au=20
Grimsel =C3=A0 1 880 m=C3=A8tres au-dessus de la mer a =C3=A9t=C3=A9 de =
16 m=C3=A8tres 6 d=C3=A9cim=C3=A8tres=20
depuis le mois de novembre 1845 jusqu'au mois d'avril 1846. La couche =
d'eau=20
r=C3=A9sultant de la fusion de cette neige aurait 1 m=C3=A8tre 4 =
d=C3=A9cim=C3=A8tres=20
d'=C3=A9paisseur.
(2) Trois m=C3=A8tres =
environ.
(3)=20
Voici en r=C3=A9sum=C3=A9 par quelle m=C3=A9thode on mesurait =
l'avancement du glacier. Sur les=20
deux rives, on choisissait deux rochers situ=C3=A9s en face l'un de =
l'autre; chacun=20
de ces rochers =C3=A9tait marqu=C3=A9 d'une croix blanche peinte sur la =
pierre; puis on=20
plantait dans la glace une s=C3=A9rie de piquets align=C3=A9s entre ces =
deux points, de=20
mani=C3=A8re =C3=A0 former une ligne droite perpendiculaire =C3=A0 l'axe =
du glacier. Au bout de=20
quelques jours, un observateur se pla=C3=A7ait devant l'une des croix et =
dirigeait=20
une lunette portant un niveau et un r=C3=A9ticule vers celle qui =
=C3=A9tait en face. Le=20
glacier ayant march=C3=A9 et les piquets avec lui, ceux-ci ne se =
trouvaient plus dans=20
l'alignement primitif. Alors un guide post=C3=A9 sur le glacier et =
portant une perche=20
sur mont=C3=A9e d'un objet bien visible la pla=C3=A7ait dans la =
direction de l'ancien=20
alignement. Cette direction lui =C3=A9tait indiqu=C3=A9e par les signaux =
de l'observateur,=20
dont l'oeil =C3=A9tait =C3=A0 la lunette. Celui-ci faisait d=C3=A9placer =
la perche en amont et=20
en aval jusqu'=C3=A0 ce qu'elle f=C3=BBt exactement au point occup=C3=A9 =
primitivement par le=20
piquet. Cela fait, le guide mesurait sur la glace la distance du pied de =
la=20
perche =C3=A0 celui du piquet. Cet intervalle =C3=A9tait =
pr=C3=A9cis=C3=A9ment la longueur parcourue=20
par le glacier entre les deux observations. Cette ann=C3=A9e, ce =
proc=C3=A9d=C3=A9 a =C3=A9t=C3=A9=20
modifi=C3=A9 par MM. Dollfus, Otz et moi, de mani=C3=A8re =C3=A0 nous =
permettre de suivre la=20
marche journali=C3=A8re du glacier de l'Aar avec une exactitude telle, =
que l'erreur=20
d'observation ne pouvait pas d=C3=A9passer deux millim=C3=A8tres ou une =
ligne=20
environ.
Le frottement que le glacier exerce sur son fond et sur ses parois = est trop=20 consid=C3=A9rable pour ne pas laisser de traces sur les roches avec = lesquelles il se=20 trouve en contact; mais son action est diff=C3=A9rente suivant la nature = min=C3=A9ralogique de ces roches et la configuration du lit qu'il = occupe. Si l'on=20 p=C3=A9n=C3=A8tre entre le sol et la surface inf=C3=A9rieure du glacier, = en profitant des=20 cavernes de glace qui s'ouvrent quelquefois sur ses bords ou =C3=A0 son = extr=C3=A9mit=C3=A9, on=20 rampe sur une couche de cailloux et de sable fin impr=C3=A9gn=C3=A9s = d'eau. Si l'on enl=C3=A8ve=20 cette couche, on reconna=C3=AEt que la roche sous-jacente est = nivel=C3=A9e, polie, us=C3=A9e=20 par le frottement et recouverte de stries rectilignes ressemblant = tant=C3=B4t =C3=A0 de=20 petits sillons, plus souvent =C3=A0 des rayures parfaitement droites qui = auraient =C3=A9t=C3=A9=20 grav=C3=A9es =C3=A0 l'aide d'un burin ou m=C3=AAme d'une aiguille = tr=C3=A8s fine. Le m=C3=A9canisme par=20 lequel ces stries ont =C3=A9t=C3=A9 grav=C3=A9es est celui que = l'industrie emploie pour polir=20 les pierres ou les m=C3=A9taux. A l'aide d'une poudre fine appel=C3=A9e = =C3=A9meri, on=20 frotte la surface m=C3=A9tallique et on lui donne un =C3=A9clat qui = provient de la=20 r=C3=A9flexion de la lumi=C3=A8re par une infinit=C3=A9 de petites = stries extr=C3=AAmement t=C3=A9nues.=20 La couche de cailloux et de boue interpos=C3=A9e entre le glacier et le = roc=20 sub-jacent, voil=C3=A0 l'=C3=A9meri. Le roc est la surface = m=C3=A9tallique, et la masse du=20 glacier, qui presse et d=C3=A9place la couche de boue en descendant = continuellement=20 vers la plaine, repr=C3=A9sente l'action de la main du polisseur. Aussi = les stries=20 dont nous parlons sont-elles toujours dirig=C3=A9es dans le sens de la = marche du=20 glacier; mais, comme celui-ci est sujet =C3=A0 de petites = d=C3=A9viations lat=C3=A9rales, les=20 stries se croisent quelquefois en formant entre elles des angles = tr=C3=A8s petits. Si=20 l'on examine les roches qui bordent le glacier, on retrouve les = m=C3=A8nes stries=20 burin=C3=A9es sur les parties qui ont =C3=A9t=C3=A9 en contact avec la = masse congel=C3=A9e. Souvent=20 j'ai pris plaisir =C3=A0 briser la glace qui pressait le rocher, et sous = cette glace=20 je trouvais des surfaces polies et couvertes de stries. Les cailloux et = les=20 grains de sable qui les avaient grav=C3=A9es =C3=A9taient encore = ench=C3=A2ss=C3=A9s dans le glacier=20 comme le diamant du vitrier est fix=C3=A9 au brut de l'instrument qui = lui sert =C3=A0=20 rayer le verre.
La nettet=C3=A9 et la profondeur des stries d=C3=A9pendent de = plusieurs circonstances.=20 Si la roche en place est calcaire, et que l'=C3=A9meri se compose de = cailloux et de=20 sable provenant de roches plus dures, telles que le gneiss, le granite = ou la=20 protogine, les stries seront tr=C3=A8s marqu=C3=A9es. C'est ce que l'on = peut v=C3=A9rifier au=20 pied des glaciers de Rosenlaui et de Grindelwald, dans le canton de = Berne. Au=20 contraire, si la roche est gn=C3=A9issique, granitique ou serpentineuse, = c'est-=C3=A0-dire=20 tr=C3=A8s dure, les stries seront moins profondes et moins = marqu=C3=A9es, comme on peut=20 s'en assurer aux glaciers de l'Aar, de Zermatt et de Chamonix. Le poli = sera le=20 m=C3=AAme dans les deux cas, et il est souvent aussi parfait que celui = des marbres=20 qui ornent nos =C3=A9difices.
Les stries grav=C3=A9es sur les rochers qui contiennent ces glaciers = sont en=20 g=C3=A9n=C3=A9ral horizontales ou parall=C3=A8les =C3=A0 sa surface. = Toutefois, aux r=C3=A9tr=C3=A9cissemens=20 des vall=C3=A9es, ces stries se redressent et se rapprochent de la = verticale. Il ne=20 faut point s'en =C3=A9tonner. Forc=C3=A9 de franchir un d=C3=A9troit, le = glacier se rel=C3=A8ve sur=20 ses bords et remonte le long des flancs de la montagne qui lui barre le = passage.=20 C'est ce qu'on voit admirablement pr=C3=A8s des chalets de la Stieregg, = =C3=A9troit d=C3=A9fil=C3=A9=20 que le glacier inf=C3=A9rieur de Grindelwald est oblig=C3=A9 de franchir = avant de=20 s'=C3=A9pancher dans la vall=C3=A9e de m=C3=AAme nom. Sur la rive droite = du glacier, les stries=20 sont inclin=C3=A9es de 45 degr=C3=A9s =C3=A0 l'horizon; sur la rive = gauche, celui-ci s'=C3=A9l=C3=A8ve=20 quelquefois jusqu'aux for=C3=AAts voisines, et entra=C3=AEne de grosses = mottes de terre=20 charg=C3=A9es de touffes de rhododendron et de bouquets d'aunes, de = bouleaux ou de=20 sapins. Les roches tendres ou feuillet=C3=A9es sont bris=C3=A9es et = d=C3=A9molies par la force=20 prodigieuse du glacier. Les roches dures lui r=C3=A9sistent; mais la = surface de ces=20 roches, aplanie, us=C3=A9e, polie et stri=C3=A9e, t=C3=A9moigne assez de = l'=C3=A9norme pression=20 qu'elles ont eu =C3=A0 supporter. C'est ainsi qu'au glacier de l'Aar, le = pied du=20 promontoire sur lequel s'=C3=A9l=C3=A8ve le pavillon de M. Agassiz est = poli sur une grande=20 hauteur, et sur la face tourn=C3=A9e vers le haut de la vall=C3=A9e j'ai = observ=C3=A9 des=20 stries inclin=C3=A9es de 64 degr=C3=A9s. La glace redress=C3=A9e contre = cet escarpement=20 semblait vouloir l'escalader; mais le roc de granite tenait bon, et le = glacier=20 =C3=A9tait oblig=C3=A9 de le contourner lentement.
En r=C3=A9sum=C3=A9, la pression consid=C3=A9rable d'un glacier, = jointe =C3=A0 son mouvement de=20 progression, agit =C3=A0 la fois sur le fond et sur les flancs de la = vall=C3=A9e qu'il=20 parcourt. Il polit tous les rochers assez r=C3=A9sistans pour = n'=C3=AAtre pas d=C3=A9molis par=20 lui, et leur imprime souvent une forme particuli=C3=A8re et = caract=C3=A9ristique. En=20 d=C3=A9truisant toutes les asp=C3=A9rit=C3=A9s de ces rochers, il en = niv=C3=A8le la surface et les=20 arrondit en amont, tandis qu'en aval ils conservent quelquefois leurs = formes=20 abruptes, in=C3=A9gales et raboteuses. On comprend, en effet, que = l'effort du glacier=20 porte principalement sur le c=C3=B4t=C3=A9 tourn=C3=A9 vers le cirque = d'o=C3=B9 il descend, de m=C3=AAme=20 que les piles d'un pont sont plus fortement endommag=C3=A9es en amont = qu'en aval par=20 les gla=C3=A7ons que le fleuve charrie pendant l'hiver. Vu de loin, un = groupe de=20 rochers ainsi arrondis rappelle l'aspect d'un troupeau de moutons; de = l=C3=A0 le nom=20 de roches moutonn=C3=A9es que de Saussure leur a donn=C3=A9, et = qui leur est=20 rest=C3=A9.
Il est un autre ordre de ph=C3=A9nom=C3=A8nes qui jouent un grand = r=C3=B4le dans l'histoire=20 des glaciers actuels et de ceux qui couvraient autrefois la = Suisse : je=20 veux parler des fragmens de roche de toute grosseur et de toute nature = que le=20 glacier transporte avec lui. Les Alpes, leur aspect nous le dit, sont = d'immenses=20 ruines. Tout conspire =C3=A0 leur destruction, tous les = =C3=A9l=C3=A9mens semblent conjur=C3=A9s=20 pour abaisser leurs cimes orgueilleuses. Les masses de neige qui = p=C3=A8sent sur=20 elles pendant l'hiver, la pluie qui s'infiltre entre leurs couches = pendant=20 l'=C3=A9t=C3=A9, l'action subite des eaux torrentielles, celle plus = lente, mais plus=20 puissante encore, des affinit=C3=A9s chimiques, d=C3=A9gradent, = d=C3=A9sagr=C3=A8gent et d=C3=A9composent=20 les roches les plus dures. Leurs d=C3=A9bris tombent des sommets dans = les cirques=20 occup=C3=A9s par les glaciers, sous forme d'=C3=A9boulemens = consid=C3=A9rables accompagn=C3=A9s d'un=20 bruit effrayant et de grands nuages de poussi=C3=A8re. M=C3=AAme au = coeur de l'=C3=A9t=C3=A9, j'ai=20 vu ces avalanches de pierre se pr=C3=A9cipiter du haut des cimes du = Schreckhorn, et=20 former sur la neige immacul=C3=A9e une longue tra=C3=AEn=C3=A9e noire = compos=C3=A9e de blocs =C3=A9normes=20 et d'un nombre immense de fragmens plus petits. Au printemps, une fonte = rapide=20 des neiges de l'hiver engendre souvent des torrens accidentels d'une = violence=20 extr=C3=AAme. Si la fusion est lente, l'eau s'insinue dans les moindres = fissures des=20 rochers, s'y cong=C3=A8le et fend les masses les plus r=C3=A9fractaires. = Les blocs=20 d=C3=A9tach=C3=A9s des montagnes ont quelquefois des dimensions = gigantesques; on en trouve=20 dont la longueur atteint 20 m=C3=A8tres, et ceux qui mesurent 10 = m=C3=A8tres dans tous les=20 sens ne sont pas rares dans les Alpes.
Si le glacier =C3=A9tait immobile, ces d=C3=A9bris s'y entasseraient = sans aucun ordre;=20 mais la progression am=C3=A8ne, dans la distribution de ces = mat=C3=A9riaux, un certain=20 arrangement et m=C3=AAme une certaine r=C3=A9gularit=C3=A9 fort = remarquables. Les blocs se=20 disposent sur le glacier en longues tra=C3=AEn=C3=A9es parall=C3=A8les = =C3=A0 ses rives, ou=20 s'accumulent =C3=A0 l'extr=C3=A9mit=C3=A9 sous la forme de grandes = digues transversales. Les=20 unes et les autres ont =C3=A9t=C3=A9 d=C3=A9sign=C3=A9es sous le nom de = moraines.
Voici quel est le m=C3=A9canisme de la formation des moraines.
Les d=C3=A9bris des montagnes environnantes tombant sur les = bords du=20 glacier, ces d=C3=A9bris participent =C3=A0 son mouvement et marchent = avec lui; mais,=20 d'autres =C3=A9boulemens survenant pour ainsi dire chaque jour, ils se = mettent =C3=A0 la=20 suite des premiers, et tous r=C3=A9unis forment ces longs convois de = mat=C3=A9riaux qui=20 longent les deux rives du glacier : ce sont les moraines = lat=C3=A9rales.=20 Un glacier offre souvent plusieurs moraines lat=C3=A9rales, parce que = les =C3=A9boulemens=20 tombent sur des points in=C3=A9galement distans du milieu, et dont la = vitesse est par=20 cons=C3=A9quent diff=C3=A9rente. La plupart des touristes qui ont = visit=C3=A9 les grands=20 glaciers de la Suisse connaissent ces moraines lat=C3=A9rales, et plus = d'un se=20 rappelle encore douloureusement les fatigues qu'il a endur=C3=A9es pour = franchir ces=20 accumulations de blocs gigantesques. On dirait un rempart = =C3=A9lev=C3=A9 par des g=C3=A9ans=20 pour d=C3=A9fendre l'acc=C3=A8s de ces champs de neiges =C3=A9ternelles = o=C3=B9 la nature a cach=C3=A9 le=20 secret des derni=C3=A8res r=C3=A9volutions de notre globe. Apr=C3=A8s = avoir franchi la moraine=20 lat=C3=A9rale, le voyageur d=C3=A9couvre presque toujours une = tra=C3=AEn=C3=A9e plus consid=C3=A9rable=20 encore, dispos=C3=A9e longitudinalement vers le milieu du glacier et = qu'on nomme=20 moraine m=C3=A9diane. Elle r=C3=A9sulte de la jonction de deux = glaciers d'une=20 puissance =C3=A0 peu pr=C3=A8s =C3=A9gale. A l'extr=C3=A9mit=C3=A9 de = l'=C3=A9peron qui les s=C3=A9pare, la moraine=20 lat=C3=A9rale gauche de l'un s'adosse =C3=A0 la moraine lat=C3=A9rale = droite de l'autre. Ces=20 deux moraines lat=C3=A9rales se confondent bient=C3=B4t en une seule, et = forment la=20 moraine m=C3=A9diane du nouveau glacier, compos=C3=A9 lui-m=C3=AAme des = deux affluens r=C3=A9unis.=20 Ainsi, =C3=A0 la jonction de l'Arve et du Rh=C3=B4ne, on voit les eaux = troubles du torrent=20 se m=C3=AAler au milieu du confluent avec les ondes transparentes du = fleuve =C3=A9pur=C3=A9 par=20 son passage =C3=A0 travers le L=C3=A9man. La moraine m=C3=A9diane = participe au mouvement de la=20 partie moyenne du glacier; apr=C3=A8s un trajet plus ou moins long, = chaque bloc=20 atteint =C3=A0 son tour l'escarpement terminal, roule le long de son = talus et=20 s'arr=C3=AAte au pied de ce rempart de glace. Sur le glacier de l'Aar, = dont la=20 longueur est de 8 kilom=C3=A8tres, un bloc met cent trente-trois ans = =C3=A0 parcourir=20 l'espace compris entre le promontoire de l'Abschwung qui s=C3=A9pare les = deux=20 affluens principaux et l'extr=C3=A9mit=C3=A9 inf=C3=A9rieure. = L'accumulation de ces blocs forme=20 une digue concentrique =C3=A0 cette extr=C3=A9mit=C3=A9 : c est la = moraine=20 terminale ou frontale qui diff=C3=A8re de toutes celles dont = nous avons=20 parl=C3=A9, en ce qu'elle ne repose pas sur le glacier, mais au-devant = de lui sur le=20 fond de la vall=C3=A9e.
Nous connaissons maintenant trois genres de moraines : les unes=20 superficielles, =C3=A9tendues =C3=A0 la surface du glacier, qui = se divisent en=20 moraines lat=C3=A9rales et moraines m=C3=A9dianes, suivant = qu'elles sont sur=20 ses c=C3=B4t=C3=A9s ou au milieu, et la moraine terminale, due = =C3=A0 l'accumulation des=20 blocs qui tombent de l'escarpement terminal du glacier et reposent sur = le sol.=20 Il existe encore un autre genre de moraine, c'est la couche de sable et = de=20 cailloux interpos=C3=A9e entre la surface inf=C3=A9rieure du glacier et = le roc sousjacent.=20 Je la d=C3=A9signerai sous le nom de moraine profonde, pour la = distinguer des=20 moraines superficielles et terminales.
Transport=C3=A9s lentement =C3=A0 la surface du glacier, tous les = blocs des moraines=20 superficielles et terminales conservent leurs formes originelles. Les = ar=C3=AAtes de=20 ces blocs sont vives, les angles aigus comme au moment o=C3=B9 ils sont = tomb=C3=A9s sur la=20 glace. Ils ne pr=C3=A9sentent pas ces traces d'usure et de frottement = qu'on observe=20 sur les pierres roul=C3=A9es et arrondies par l'action des eaux. On peut = en d=C3=A9tacher=20 de jolis groupes de cristaux aussi intacts que dans leur g=C3=AEte = primitif, car,=20 sauf la premi=C3=A8re chute qui les a pr=C3=A9cipit=C3=A9es sur le = glacier, ces masses n'ont=20 =C3=A9t=C3=A9 soumises =C3=A0 aucune violence. Les agens = atmosph=C3=A9riques peuvent seuls les=20 d=C3=A9molir ou les d=C3=A9grader; aussi les blocs compos=C3=A9s de = roches dures et r=C3=A9sistantes=20 conservent-ils souvent les dimensions colossales dont nous avons = parl=C3=A9.
Il n'en est pas de m=C3=AAme des fragmens qui ne font point partie = des moraines=20 superficielles. Les parois lat=C3=A9rales du glacier ne sont point en = contact=20 imm=C3=A9diat avec les flancs de la vall=C3=A9e; il existe presque = toujours un petit=20 intervalle entre eux. Nombre de blocs et de d=C3=A9bris s'engagent entre = ce mur de=20 glace et les rochers qu'il polit. Quelques-uns restent suspendus dans = cet=20 intervalle; d'autres gagnent peu =C3=A0 peu la surface inf=C3=A9rieure = du glacier et=20 forment la moraine profonde. A ces blocs viennent s'ajouter une = partie de=20 ceux qui tombent dans les nombreuses crevasses et les puits (1) si = redout=C3=A9s des=20 voyageurs novices. Tous ces d=C3=A9bris, enclav=C3=A9s entre la roche et = le glacier,=20 press=C3=A9s, broy=C3=A9s, tritur=C3=A9s par ce laminoir sans cesse en = action, ne conservent=20 pas les dimensions qu=E2=80=99ils avaient en se d=C3=A9tachant des = montagnes. La plupart se=20 r=C3=A9duisent en un limon impalpable qui, m=C3=AAl=C3=A9 =C3=A0 l'eau = qui d=C3=A9coule du glacier, forme=20 la couche de boue sur laquelle il repose. Les autres conservent les = traces=20 ind=C3=A9l=C3=A9biles de la pression =C3=A0 laquelle ils ont = =C3=A9t=C3=A9 soumis. Tous leurs angles=20 s'=C3=A9moussent, toutes leurs ar=C3=AAtes s'effacent, et ils prennent = la forme de=20 cailloux arrondis ou pr=C3=A9sentent des facettes in=C3=A9gales = r=C3=A9sultant d'un frottement=20 prolong=C3=A9. Si la roche est tendre comme les calcaires, alors = non-seulement le=20 caillou est arrondi, mais il offre une foule de stries = entre-crois=C3=A9es dans tous=20 les sens. Ces cailloux stri=C3=A9s ont une grande importance pour = l'=C3=A9tude de=20 l'ancienne extension des glaciers; ce sont des m=C3=A9dailles frustes = dont la=20 pr=C3=A9sence accuse d'une mani=C3=A8re presque certaine l'existence = ant=C3=A9rieure d'un=20 glacier disparu. En effet, le glacier seul a le pouvoir de = fa=C3=A7onner, d'user et=20 de strier ainsi ces cailloux. L'eau les polit et les arrondit, mais elle = ne les=20 strie pas. Il y a plus, elle efface les stries burin=C3=A9es par les = glaciers. On=20 peut v=C3=A9rifier ce fait au pied de ceux de la vall=C3=A9e de = Grindelwald. A 300 m=C3=A8tres=20 de l'escarpement terminal, les torrens qui en sortent ne roulent plus = que des=20 cailloux arrondis, mais lisses et compl=C3=A8tement d=C3=A9pourvus de = stries. Je m'en suis=20 assur=C3=A9 de la mani=C3=A8re la plus positive. De son c=C3=B4t=C3=A9, = M. =C3=89douard Collomb a r=C3=A9solu=20 la question d'une mani=C3=A8re exp=C3=A9rimentale. Il a pris des = cailloux stri=C3=A9s par les=20 glaciers et les a plac=C3=A9s avec du sable et de l'eau dans un cylindre = horizontal=20 auquel on imprimait un mouvement de quinze tours par minute seulement. = Au bout=20 de vingt heures, toutes les stries avaient disparu. Aussi en = chercherait-on=20 vainement sur les cailloux roul=C3=A9s par les torrens les plus violens = ou sur les=20 galets que le flux et le reflux de la mer brasse continuellement en les = poussant=20 sur la gr=C3=A8ve pour les ramener ensuite vers le large.
Grace =C3=A0 ces d=C3=A9tails, nous l'esp=C3=A9rons du moins, les = preuves que nous=20 invoquerons pour d=C3=A9montrer l'ancienne extension des glaciers = actuels seront=20 suffisamment intelligibles. Nous avons omis =C3=A0 dessein tout ce qui = n'=C3=A9tait pas=20 d'une application directe =C3=A0 l'=C3=A9tude de ce grand = ph=C3=A9nom=C3=A8ne. La m=C3=A9thode que nous=20 suivrons pour prouver cette ancienne extension est =C3=A0 la fois la = plus simple et=20 la plus s=C3=BBre que l'on puisse adopter en g=C3=A9ologie. Nous allons = parcourir les pays=20 qui environnent les Alpes et chercher s'ils nous offrent des traces = indubitables=20 de l'action des glaciers. Si partout nous trouvons ces traces aussi = nombreuses,=20 aussi =C3=A9videntes que dans le voisinage des glaciers actuels, nous = serons=20 in=C3=A9vitablement conduit =C3=A0 admettre que jadis ils descendaient = dans la plaine et=20 remplissaient l'intervalle qui s=C3=A9pare les Alpes du Jura. L'ancienne = extension=20 des glaciers sera d=C3=A9montr=C3=A9e sans que nous puissions encore = nous rendre compte=20 des perturbations m=C3=A9t=C3=A9orologiques qui l'ont accompagn=C3=A9e, = car, dans une =C3=A9tude qui=20 date de quelques ann=C3=A9es, on ne saurait se flatter d'avoir = r=C3=A9uni un assez grand=20 nombre de faits pour pouvoir s'=C3=A9lever =C3=A0 la cause qui a produit = le ph=C3=A9nom=C3=A8ne. On=20 peut affirmer seulement que ce d=C3=A9veloppement prodigieux des mers de = glace serait=20 impossible dans les conditions climat=C3=A9riques actuelles, et qu'elle = suppose=20 n=C3=A9cessairement un abaissement notable dans la temp=C3=A9rature et = par cons=C3=A9quent un=20 climat diff=C3=A9rent de celui qui r=C3=A8gne actuellement en = Europe.
xxxxxxxxxx
(1) Un de ces puits, =
mesur=C3=A9 par MM.=20
Dollfus, Otz et moi sur le glacier de l'Aar, avait 58 m=C3=A8tres de =
profondeur. Sur=20
le glacier du Finsteraar, M. Desor en a sond=C3=A9 un autre et n'a =
trouv=C3=A9 le fond=20
qu'=C3=A0 232 m=C3=A8tres au-dessous de la surface.
Avant de donner une id=C3=A9e de l'=C3=A9tendue des glaciers = ant=C3=A9diluviens, j'ai pens=C3=A9=20 qu'il y aurait avantage =C3=A0 suivre l'un de ces glaciers dans toute sa = longueur,=20 depuis son origine jusqu'=C3=A0 sa moraine terminale. Dans ce voyage, = nous=20 rencontrerons partout les traces qu'il a laiss=C3=A9es sur son passage, = et nous=20 constaterons facilement l'identit=C3=A9 de ces traces avec celles qu'on = retrouve dans=20 le voisinage des glaciers actuels. Je choisis pour exemple les glaciers = du=20 Mont-Blanc, qui jadis remplissaient toute la vall=C3=A9e de l'Arve et = s'=C3=A9tendaient=20 depuis Chamonix jusqu'=C3=A0 Gen=C3=A8ve.
Transportons-nous au Montanvert, =C3=A0 850 m=C3=A8tres au-dessus du = village de=20 Chamonix. La Mer de Glace est =C3=A0 nos pieds; elle descend des vastes = cirques du=20 Jardin et de l'aiguille du G=C3=A9ant. Sans =C3=AAtre de hardis = montagnards, nous pouvons=20 franchir les Ponts, traverser la moraine lat=C3=A9rale gauche et nous = avancer=20 jusqu'au promontoire de l'Angle. Toute la surface de ce promontoire est = polie et=20 stri=C3=A9e au-dessus comme au-dessous de la surface du glacier. On peut = s'en assurer=20 en plongeant le regard entre la glace et la paroi de granite. Si nous = poussons=20 cet examen plus loin, nous verrons que les roches sont polies et = stri=C3=A9es jusqu'=C3=A0=20 une grande hauteur, et que les traces de l'action du glacier ne = s'arr=C3=AAtent qu'au=20 pied des hautes aiguilles qui le dominent. Or, les stries que la glace a = burin=C3=A9es sous nos yeux =C3=A9tant identiques =C3=A0 celles qui sont = =C3=A0 300 m=C3=A8tres au-dessus=20 de notre t=C3=AAte, nous sommes en droit d'en conclure que = l'=C3=A9paisseur du glacier ou=20 sa puissance, pour parler la langue des g=C3=A9ologues, = =C3=A9tait jadis plus=20 grande qu'elle ne l'est aujourd'hui; mais, si sa puissance =C3=A9tait = plus grande, sa=20 longueur l'=C3=A9tait aussi, car il existe une relation n=C3=A9cessaire = entre les trois=20 dimensions d'un glacier. Ainsi donc la moraine terminale, au lieu = d'=C3=AAtre au=20 hameau des Bois, =C3=A0 3 kilom=C3=A8tres en amont de Chamonix, se = trouvait alors beaucoup=20 plus loin. On voit que, sans quitter la surface du glacier actuel, on = peut=20 acqu=C3=A9rir d=C3=A9j=C3=A0 la certitude que son =C3=A9tendue = =C3=A9tait autrefois plus consid=C3=A9rable que=20 de nos jours. Les autres preuves ne nous manqueront pas.
Au lieu de s'arr=C3=AAter, comme le glacier, au pied de la montagne = du Chapeau, la=20 moraine lat=C3=A9rale droite se prolonge sous la forme d'une digue = immense qui barre=20 la vall=C3=A9e de Chamonix et porte le hameau de Lavangi. L'Arve s'est = fray=C3=A9 un=20 =C3=A9troit passage entre cette digue et le revers septentrional de la = vall=C3=A9e. Pour=20 tracer la route, on a =C3=A9t=C3=A9 oblig=C3=A9 d'entamer cette = lev=C3=A9e naturelle, et ce travail=20 a permis de s'assurer qu'elle se compose de sable, de cailloux et de = gros blocs=20 anguleux entass=C3=A9s confus=C3=A9ment les uns sur les autres comme = dans les moraines=20 actuelles. L'un de ces blocs, plac=C3=A9 sur la cr=C3=AAte, est connu = sous le nom de=20 Pierre de Lisboli. Cette digue est l'ancienne moraine = lat=C3=A9rale de la Mer=20 de Glace; mais la for=C3=AAt qui la recouvre prouve que depuis = long-temps la surface=20 du glacier s'est abaiss=C3=A9e au niveau o=C3=B9 nous la voyons = actuellement. D=C3=A9j=C3=A0 de=20 Saussure (1) avait reconnu l'existence de cette ancienne moraine, qui se = r=C3=A9v=C3=A8le=20 avec une =C3=A9vidence que ne sauraient nier les esprits les plus = pr=C3=A9venus. Elle=20 s'=C3=A9tend en remontant la vall=C3=A9e jusqu'au hameau des Iles, = =C3=A0 2 kilom=C3=A8tres du=20 village d'Argenti=C3=A8re. L'Arve, barr=C3=A9e dans son cours par la = moraine de Lavangi,=20 formait jadis un lac dont les niveaux successifs sont encore = indiqu=C3=A9s par des=20 terrasses horizontales qui bordent le cours du torrent.
Du haut de cette moraine lat=C3=A9rale, un observateur attentif peut = reconna=C3=AEtre=20 dans la vall=C3=A9e l'ancienne moraine terminale de la Mer de Glace = =C3=A0 l'=C3=A9poque de sa=20 moindre extension. La forme de cette moraine est = caract=C3=A9ristique : c'est=20 celle d'un arc dont la concavit=C3=A9 est tourn=C3=A9e vers le haut de = la vall=C3=A9e. Le=20 village de Chamonix est b=C3=A2ti en partie sur cette moraine et aux = d=C3=A9pens des blocs=20 erratiques qui la composent. Le petit monticule situ=C3=A9 sur la rive = gauche de=20 l'Arve, en face de l'h=C3=B4tel de l'Union, en est un des points les = plus saillans.=20 En 1845, j'ai pu =C3=A9tudier la structure int=C3=A9rieure de ce = monticule pendant que=20 l'on creusait les fondemens du nouvel h=C3=B4tel qui s'=C3=A9l=C3=A8ve = en face de celui que je=20 viens de nommer, et j'ai trouv=C3=A9 qu'elle =C3=A9tait identique =C3=A0 = celle des moraines=20 actuelles.
Mais, dira-t-on, o=C3=B9 est la preuve que les blocs erratiques de la = moraine de=20 Chamonix y ont =C3=A9t=C3=A9 d=C3=A9pos=C3=A9s par la Mer de Glace? = N'est-il pas plus naturel de=20 supposer qu'ils sont descendus du Brevent, dont les =C3=A9boulemens = continuels=20 menacent sans cesse le village et forment le grand delta dont il occupe = l'angle=20 oriental? La r=C3=A9ponse est facile. Le Brevent est une montagne de = gneiss, et la=20 presque totalit=C3=A9 des blocs de la moraine sont de la protogine, = esp=C3=A8ce de granite=20 caract=C3=A9ristique qui constitue la masse du Mont-Blanc et celle des = aiguilles dont=20 il est environn=C3=A9.
Continuez =C3=A0 descendre le long de la vall=C3=A9e. Apr=C3=A8s = avoir travers=C3=A9 l'Arve sur=20 un pont de bois, vous arrivez au hameau de Montcuar, qui est = entour=C3=A9 de toutes=20 parts d'=C3=A9normes blocs de protogine. Le terrain, au lieu d'=C3=AAtre = uni, devient=20 in=C3=A9gal, et la route passe sur plusieurs digues peu = =C3=A9lev=C3=A9es. Vous =C3=AAtes sur une=20 nouvelle moraine terminale correspondant =C3=A0 une plus grande = extension de la Mer=20 de Glace et du glacier des Bossons r=C3=A9unis; c'est celle de Montcuar, = dont la=20 largeur mesur=C3=A9e, sur les bords de l'Arve, est de 400 m=C3=A8tres = environ. Cette=20 moraine se termine un peu au-del=C3=A0 du torrent qui vient du glacier = de Taconnay.=20 Les blocs qui la composent sont r=C3=A9ellement gigantesques. Tous les = =C3=A9trangers=20 remarquent ceux qui se trouvent dans le petit bois d'aunes qui longe le = torrent.=20 Un de ces blocs, appel=C3=A9 Pierre Belle, n'a pas moins de 24 = m=C3=A8tres 7=20 d=C3=A9cim=C3=A8tres de long sur 9 m=C3=A8tres de large, et au moins 12 = m=C3=A8tres de haut. Ce=20 n'est pas une pierre, c'est une v=C3=A9ritable colline qui = s'=C3=A9l=C3=A8ve au-dessus de tous=20 les arbres qui l'entourent. S'il conservait quelques doutes sur la = nature de=20 l'agent qui a transport=C3=A9 ces blocs, l'observateur qui ne craindrait = pas les=20 chemins difficiles n'aurait qu'=C3=A0 s'=C3=A9lever sur les escarpemens = qui dominent la=20 rive droite de l'Arve. Sur le rude sentier qui m=C3=A8ne au hameau de = Merlet, il=20 trouverait, entre 336 et 350 m=C3=A8tres au-dessus de la vall=C3=A9e, = des roches=20 moutonn=C3=A9es, c'est-=C3=A0-dire arrondies et polies comme celles que = l'on rencontre=20 sous les glaciers actuels.
Apr=C3=A8s avoir travers=C3=A9 la moraine de Montcuar, le voyageur = marche sur un=20 terrain form=C3=A9 de cailloux roul=C3=A9s, amen=C3=A9s par les torrens = dont il reconna=C3=AEt=20 encore les lits dess=C3=A9ch=C3=A9s; mais, s'il jette les yeux sur la = rive droite de=20 l'Arve, il aper=C3=A7oit de loin des blocs erratiques et de grandes = surfaces polies=20 presque verticales. Il se trouve alors pr=C3=A8s du village des Ouches, = le dernier de=20 la vall=C3=A9e de Chamonix. C'est l=C3=A0 que le glacier a laiss=C3=A9 = les traces les plus=20 vari=C3=A9es et les plus =C3=A9videntes de son passage. Les pressions = =C3=A9normes qu'il a d=C3=BB=20 exercer pour forcer l'entr=C3=A9e de la gorge =C3=A9troite des = Mont=C3=A9es, le changement de=20 direction de la vall=C3=A9e, tout contribuait =C3=A0 produire ces = ph=C3=A9nom=C3=A8nes que nous=20 observons au pied des promontoires ou pr=C3=A8s des = r=C3=A9tr=C3=A9cissemens qui resserrent le=20 lit des glaciers actuels.
En face du village des Ouches, sur la rive droite de l'Arve, = s'=C3=A9l=C3=A8vent trois=20 monticules d'une forme caract=C3=A9ristique : ils sont arrondis en = amont et=20 escarp=C3=A9s en aval. On reconna=C3=AEt ais=C3=A9ment que la force qui = a us=C3=A9 les couches=20 inclin=C3=A9es de st=C3=A9aschiste argileux dont ils se composent venait = du haut de la=20 vall=C3=A9e, et a =C3=A9pargn=C3=A9 la face tourn=C3=A9e vers le bas. De = l=C3=A0 cette croupe arrondie en=20 amont qui se termine brusquement par un escarpement tourn=C3=A9 en sens = oppos=C3=A9.=20 Examinons ces collines de plus pr=C3=A8s; partout, sur le sommet et sur = les flancs,=20 nous trouverons ces cannelures rectilignes, ces stries fines = dirig=C3=A9es dans le=20 sens de la vall=C3=A9e que les glaciers seuls peuvent tracer, et, pour = achever la=20 d=C3=A9monstration, de nombreux blocs de protogine, souvent = =C3=A9normes, aux angles=20 aigus, aux ar=C3=AAtes tranchantes, reposent sur ces surfaces polies et = stri=C3=A9es.=20 Jusqu'=C3=A0 la hauteur de 593 m=C3=A8tres, toute la montagne de = Coupeau, au-dessus de la=20 rive droite de l'Arve, est couverte de roches moutonn=C3=A9es qui = disparaissent, pour=20 ainsi dire, sous d'innombrables blocs erratiques. Les stries qui = sillonnent ces=20 roches ne sont pas horizontales; elles ne sauraient l'=C3=AAtre, car = cette montagne=20 formait un promontoire saillant dans la vall=C3=A9e, et le glacier s'est = redress=C3=A9=20 contre l'obstacle qui s'opposait =C3=A0 sa marche, il a burin=C3=A9 des = stries ascendantes=20 qui se rel=C3=A8vent d'amont en aval, comme celles que nous avons = signal=C3=A9es sur le=20 glacier de l'Aar, au pied du promontoire qui porte le pavillon de M.=20 Agassiz.
Ainsi les traces les plus probantes qu'un glacier puisse laisser de = son=20 passage =C3=A0 l'entr=C3=A9e d'un d=C3=A9fil=C3=A9, collines arrondies = en amont, escarp=C3=A9es en aval,=20 roches moutonn=C3=A9es avec cannelures et stries rectilignes, = horizontales au fond de=20 la vall=C3=A9e, ascendantes sur le promontoire qui la = r=C3=A9tr=C3=A9cit, moraine lat=C3=A9rale=20 compos=C3=A9e de blocs anguleux suspendus aux flancs des montagnes, se = trouvent=20 r=C3=A9unies =C3=A0 l'entr=C3=A9e de la gorge des Mont=C3=A9es.
Il est des savans qui attribuent encore tous ces ph=C3=A9nom=C3=A8nes = =C3=A0 l'action de=20 grands courans aqueux. Ils pensent que ces torrens diluviens ont eu le = pouvoir=20 de transporter les blocs erratiques sans en =C3=A9mousser les angles, = sans en effacer=20 les ar=C3=AAtes. Ils attribuent au passage rapide de ces blocs les = formes arrondies=20 des roches moutonn=C3=A9es et les stries dont elles sont couvertes; ils = ne reculent=20 pas devant la n=C3=A9cessit=C3=A9 d'admettre des courans de 400 =C3=A0 = 500 m=C3=A8tres de=20 profondeur, coulant pendant de longues p=C3=A9riodes de temps, ce qui = suppose des=20 masses d'eau r=C3=A9ellement incalculables et dont l'origine ne saurait = s'expliquer.=20 Cependant la foi robuste du diluvialiste le plus convaincu serait, je = crois,=20 =C3=A9branl=C3=A9e en comparant les traces de l'ancien glacier qui = d=C3=A9bouchait par la=20 vall=C3=A9e de Chamonix =C3=A0 l'action s=C3=A9culaire de l'Arve, dont = les eaux torrentielles=20 se sont creus=C3=A9 un lit dans le m=C3=AAme terrain que le glacier a = model=C3=A9. D'un c=C3=B4t=C3=A9=20 des roches moutonn=C3=A9es, sillonn=C3=A9es de cannelures ray=C3=A9es = =C3=A0 l'int=C3=A9rieur, des=20 surfaces polies avec des stries fines toujours rectilignes, souvent = ascendantes,=20 des blocs erratiques =C3=A9normes aux angles vifs, aux ar=C3=AAtes = tranchantes, d=C3=A9pos=C3=A9s=20 sur les flancs des montagnes, voil=C3=A0 l'oeuvre du glacier; de = l'autre, des=20 =C3=A9rosions, des canaux sinueux, ramifi=C3=A9s, =C3=A0 parois lisses = et unies, toujours=20 dirig=C3=A9s dans le sens de la pente, des cavit=C3=A9s cylindriques = appel=C3=A9es marmites=20 de g=C3=A9ans, des blocs de grosseur m=C3=A9diocre, roul=C3=A9s, = arrondis, aux ar=C3=AAtes et=20 aux angles =C3=A9mouss=C3=A9s, d=C3=A9pos=C3=A9s au fond de la = vall=C3=A9e, voil=C3=A0 les effets d'un=20 torrent. On peut les =C3=A9tudier dans le lit de l'Arve =C3=A0 = c=C3=B4t=C3=A9 des traces du glacier.=20 Dans le premier cas, c'est un corps solide qui niv=C3=A8le et burine la = roche; dans=20 le second, c'est un liquide qui l'attaque incessamment, la creuse, la = polit,=20 mais sans la rayer.
En partant du village des Ouches, le voyageur traverse une petite = plaine,=20 puis il s'engage dans la gorge des Mont=C3=A9es, qui nuit la vall=C3=A9e = de Chamonix =C3=A0=20 celle de Servez. A droite l'Arve gronde au fond d'un pr=C3=A9cipice, = =C3=A0 gauche un=20 espace bas et mar=C3=A9cageux s'=C3=A9tend jusqu'au pied du Prarion. = Tous les escarpemens=20 de la gorge des Mont=C3=A9es, tous les rochers qui surgissent dans la = vall=C3=A9e sont=20 moutonn=C3=A9s, sem=C3=A9s de gros blocs erratiques et sillonn=C3=A9s de = stries rectilignes=20 dont la longueur est souvent de plusieurs m=C3=A8tres. Sans = s'=C3=A9carter du grand=20 chemin, on peut voir une de ces collines sur la rive gauche de l'Arve, = apr=C3=A8s=20 avoir pass=C3=A9 le pont P=C3=A9lissier; c'est celle qui porte les = ruines pittoresques de=20 la tour de Saint-Michel. Partout autour de ces collines on trouve des = blocs de=20 protogine recouvrant des roches polies et stri=C3=A9es. Souvent ces = blocs sont comme=20 suspendus sur les flancs de la colline, dans des positions telles qu'on = est=20 invinciblement amen=C3=A9 =C3=A0 cette conclusion, qu'ils ont = =C3=A9t=C3=A9 transport=C3=A9s par un agent=20 qui les a d=C3=A9pos=C3=A9s doucement et sans secousse =C3=A0 la place = o=C3=B9 ils sont rest=C3=A9s en=20 =C3=A9quilibre, tandis qu'un torrent imp=C3=A9tueux les e=C3=BBt = entra=C3=AEn=C3=A9s et pr=C3=A9cipit=C3=A9s dans=20 le fond de la vall=C3=A9e.
Quelle =C3=A9tait la puissance du glacier au moment o=C3=B9 il = franchissait le d=C3=A9fil=C3=A9=20 des Mont=C3=A9es? Pour r=C3=A9soudre cette question int=C3=A9ressante, = je me suis =C3=A9lev=C3=A9 sur les=20 deux rives de l'Arve; =C3=A0 droite, au-dessus des rochers dont les = parois escarp=C3=A9es=20 plongent dans le torrent, j'ai trouv=C3=A9 des roches polies et des = blocs erratiques=20 jusqu'=C3=A0 la hauteur de 758 m=C3=A8tres au-dessus du pont = P=C3=A9lissier. A gauche, non loin=20 du col de la Forclaz, les blocs s'=C3=A9levaient =C3=A0 la hauteur de = 683 m=C3=A8tres. Ces deux=20 points, situ=C3=A9s vis-=C3=A0-vis l'un de l'autre, sont = s=C3=A9par=C3=A9s par une distance=20 horizontale de 4 kilom=C3=A8tres au moins. Le glacier avait donc une = lieue de large=20 dans ce point, et sa puissance moyenne =C3=A9tait de 720 m=C3=A8tres (2 = 215 pieds) au=20 moins; car, dans ce genre de mesures, on n'a jamais la certitude d'avoir = suspendu le barom=C3=A8tre pr=C3=A9cis=C3=A9ment au-dessus de la = derni=C3=A8re roche polie ou aupr=C3=A8s=20 du dernier bloc erratique (2).
Au-del=C3=A0 du village de Servoz, les traces du glacier de l'Arve = (c'est le nom=20 sous lequel nous le d=C3=A9signerons d=C3=A9sormais) disparaissent = pendant quelque temps.=20 On passe en effet sur d'effroyables =C3=A9boulemens qui ont enseveli les = roches=20 moutonn=C3=A9es et les blocs de la moraine sous une couche =C3=A9paisse = de d=C3=A9combres. Un=20 de ces =C3=A9boulemens, celui de 1751, fut accompagn=C3=A9 d'un bruit si = formidable et=20 d'un nuage de poussi=C3=A8re tellement noir, que les autorit=C3=A9s de = la ville voisine=20 envoy=C3=A8rent un courrier =C3=A0 Turin pour annoncer qu'un volcan = s'=C3=A9tait ouvert dans=20 les Alpes.
Sur la rive gauche de l'Arve, les traces de l'ancien glacier n'ont = point =C3=A9t=C3=A9=20 masqu=C3=A9es comme sur la rive droite. Si l'on suit le chemin qui = m=C3=A8ne du village de=20 Ch=C3=A8de aux bains de Saint-Gervais, on retrouve les blocs de = protogine aux bords=20 du torrent, =C3=A0 la sortie de la gorge =C3=A9troite d'o=C3=B9 il = s'=C3=A9chappe pour entrer dans=20 la vall=C3=A9e de Sallenches. Un de ces blocs est surmont=C3=A9 d'un = pigeonnier qui le=20 signale de loin =C3=A0 l'attention des voyageurs.
Les bains de Saint-Gervais sont situ=C3=A9s =C3=A0 = l'extr=C3=A9mit=C3=A9 de la vall=C3=A9e de=20 Montjoie, qui c=C3=B4toie le flanc occidental du Mont-Blanc et vient = couper celle de=20 l'Arve sous un angle presque droit. Le torrent du Bonnant, qui forme = derri=C3=A8re=20 les bains une cascade c=C3=A9l=C3=A8bre parmi les touristes, coule dans = le fond de la=20 vall=C3=A9e. Si la th=C3=A9orie de l'ancienne extension des glaciers = n'est point une vaine=20 hypoth=C3=A8se, la vall=C3=A9e de Montjoie devait, comme celle de = Chamonix, donner issue =C3=A0=20 un glacier, et =C3=A0 son point de rencontre avec celui de l' Arve nous = devons=20 retrouver les traces des ph=C3=A9nom=C3=A8nes qui se passent sur les = glaciers actuels =C3=A0 la=20 jonction de deux afflueras. Si ces affluens sont d'=C3=A9gale force, ils = se=20 r=C3=A9unissent et marchent parall=C3=A8lement l'un =C3=A0 = c=C3=B4t=C3=A9 de l'autre; mais, s'ils sont de=20 grandeur in=C3=A9gale, le plus petit est refoul=C3=A9 par le plus grand, = et forme=20 seulement une esp=C3=A8ce de coin qui p=C3=A9n=C3=A8tre plus ou moins = dans le glacier=20 principal. La r=C3=A9union des glaciers du Lauteraar et du Finsteraar = est un exemple=20 d'un confluent du premier genre; les petits glaciers du Thierberg, de=20 Silberberg, du Gr=C3=BCnberg, qui viennent se jeter dans celui de l'Aar, = nous=20 montrent ce qui se passe dans le second cas. Compar=C3=A9 =C3=A0 celui = de l'Arve, le=20 glacier du Bonnant n'=C3=A9tait qu'un faible affluent : toutefois = il a d=C3=A9pos=C3=A9=20 ses blocs =C3=A0 l'entr=C3=A9e du val Montjoie, o=C3=B9, sur un espace = de quelques kilom=C3=A8tres,=20 ils couvrent seuls les flancs de la montagne entre Saint-Gervais et = Combloux;=20 mais en m=C3=AAme temps le glacier du Bonnant, refoulant vers le milieu = de la vall=C3=A9e=20 la moraine lat=C3=A9rale du glacier de l'Arve, a forc=C3=A9 les blocs de = protogine de=20 s'=C3=A9loigner du bord. Aussi, quand le glacier de l'Arve a fondu, ces = blocs, au=20 lieu de rester suspendus aux flancs de la vall=C3=A9e de Sallenches, se = sont d=C3=A9pos=C3=A9s=20 au fond, et nous les trouvons aujourd'hui gisans autour de la gorge = occup=C3=A9e par=20 les bains de Saint-Gervais. Nous voyons m=C3=AAme devant = l'=C3=A9tablissement thermal des=20 couches inclin=C3=A9es de cailloux roul=C3=A9s, m=C3=A9lang=C3=A9es de = blocs anguleux, preuves=20 certaines de l'ancienne existence d'un petit lac glaciaire semblable = =C3=A0 celui du=20 Tacul, qui se trouve dans l'angle form=C3=A9 par la jonction des = glaciers du G=C3=A9ant et=20 de Lechaud, affluens principaux de la Mer de Glace de Chamonix.
Au bout de quelques kilom=C3=A8tres, les blocs erratiques = d=C3=A9pos=C3=A9s par le glacier=20 du Bonnant sont remplac=C3=A9s par ceux de la moraine lat=C3=A9rale du = glacier de l'Arve,=20 qui repara=C3=AEt sur les flancs de la montagne et r=C3=A8gne sans = interruption depuis le=20 village de Combloux jusqu'=C3=A0 la petite ville de Sallenches. C'est au = savant=20 =C3=A9v=C3=AAque d'Annecy, =C3=A0 Mgr Rendu, qu'on doit la = d=C3=A9couverte de cette moraine. Il=20 avait remarqu=C3=A9 avec surprise que la continuit=C3=A9 des champs = cultiv=C3=A9s qui, du fond=20 de la vall=C3=A9e, s'=C3=A9l=C3=A8vent jusqu'=C3=A0 une grande hauteur, = =C3=A9tait interrompue par une=20 zone de for=C3=AAts. En entrant dans l'ombre des noirs sapins, il = reconnut=20 imm=C3=A9diatement la cause de cette singularit=C3=A9. Dans cette zone, = le sol dispara=C3=AEt=20 sous une accumulation de blocs erratiques entass=C3=A9s les uns sur les = autres et=20 s'=C3=A9levant jusqu'=C3=A0 la hauteur des arbres. Partout on voit des = masses de protogine=20 mesurant 10 =C3=A0 20 m=C3=A8tres dans tous les sens. Les ar=C3=AAtes de = ces masses sont aussi=20 vives, les angles aussi aigus qu'au moment o=C3=B9 elles se sont = d=C3=A9tach=C3=A9es des cimes=20 du Mont-Blanc. Non-seulement les arbres ont pouss=C3=A9 entre les blocs, = mais ils ont=20 envahi les blocs m=C3=AAmes, et souvent un beau bouquet de sapins et de = bouleaux=20 v=C3=A9g=C3=A8te, comme une for=C3=AAt suspendue, sur un socle de = granite. Le voyageur a autant=20 de peine =C3=A0 se frayer un passage dans ce d=C3=A9dale que s'il = =C3=A9tait =C3=A9gar=C3=A9 dans les=20 moraines de la Mer de Glace =C3=A0 Chamonix. Partout o=C3=B9 les = ruisseaux ont ravin=C3=A9 le=20 sol, il aper=C3=A7oit ce m=C3=A9lange de sable, de cailloux et de blocs = anguleux entass=C3=A9s=20 p=C3=AAle-m=C3=AAle, qui caract=C3=A9rise les d=C3=A9p=C3=B4ts = form=C3=A9s par les glaciers. Ce n'est qu'=C3=A0 la=20 profondeur de plusieurs m=C3=A8tres qu'il trouve les couches schisteuses = de la=20 montagne. Les blocs les plus gigantesques de la moraine de Combloux se = trouvent=20 =C3=A0 la lisi=C3=A8re du bois, au-dessous du village de ce nom; un = autre, situ=C3=A9 pr=C3=A8s du=20 hameau des Caches, =C3=A0 une petite distance de Sallenches, est = c=C3=A9l=C3=A8bre dans le pays=20 sous le nom de Pierre =C3=A0 Mabert.
La grande accumulation de blocs qui fait de la moraine de Combloux = une des=20 plus remarquables dans les Alpes s'explique ais=C3=A9ment, si l'on = consid=C3=A8re que dans=20 ce point le contrefort de la vall=C3=A9e est pr=C3=A9cis=C3=A9ment en = face de la gorge de=20 Servoz, par o=C3=B9 le glacier de l'Arve d=C3=A9bouchait dans la plaine = de Sallenches.=20 Cette moraine =C3=A9tait donc =C3=A0 la fois lat=C3=A9rale et frontale = comme celle du glacier=20 actuel de Lauteraar, pr=C3=A8s du Baerenritz. L'imagination ose =C3=A0 = peine supputer=20 l'espace de temps pendant lequel le glacier y a d=C3=A9pos=C3=A9 les = blocs arrach=C3=A9s aux=20 aiguilles qui environnent le Mont-Blanc. Quelques-uns ont = p=C3=A9n=C3=A9tr=C3=A9 avec ceux du=20 glacier du Bonnant dans la haute vall=C3=A9e de Meg=C3=A8ve, qui s'ouvre = entre=20 Saint-Gervais et Combloux; mais ils n'ont gu=C3=A8re d=C3=A9pass=C3=A9 = le point de partage des=20 eaux de l'Arve et de l'Is=C3=A8re. La vall=C3=A9e de Meg=C3=A8ve ne se = terminant point par un=20 cirque couronn=C3=A9 de hautes montagnes, on comprend qu'elle n'ait pas = donn=C3=A9=20 naissance =C3=A0 un glacier comme le val Montjoie; mais, comme elle = s'ouvre d'un c=C3=B4t=C3=A9=20 dans la vall=C3=A9e de l'Arve, de l'autre dans celle de l'Is=C3=A8re, il = est probable que=20 deux rameaux des glaciers de m=C3=AAme nom se rencontraient =C3=A0 = l'endroit o=C3=B9 se trouve=20 actuellement le bourg de Meg=C3=A8ve, car au-del=C3=A0, sur le versant = de l'Is=C3=A8re, on ne=20 trouve plus ces blocs de protogine qui caract=C3=A9risent les glaciers = du=20 Mont-Blanc.
En continuant =C3=A0 descendre le cours de l'Arve, on entre dans la = vall=C3=A9e de=20 Maglan, et l'on peut s'assurer que la moraine de Combloux ne = s'arr=C3=AAte pas =C3=A0=20 Sallenches. D'innombrables blocs de protogine couvrent toutes les pentes = qui=20 dominent la rive gauche de la rivi=C3=A8re. Au d=C3=A9fil=C3=A9 de = Cluses, plusieurs d'entre=20 ces blocs sont visibles de la grande route, et je les ai poursuivis = jusqu'=C3=A0 la=20 hauteur de 286 m=C3=A8tres, qui n'est certainement pas la limite = extr=C3=AAme de la=20 moraine. Les blocs erratiques manquent totalement sur la rive droite, = dans toute=20 la vall=C3=A9e de Maglan. D'o=C3=B9 vient cette diff=C3=A9rence? = Pourquoi trouvons-nous des=20 milliers de blocs de protogine sur la rive gauche de l'Arve et pas un = seul sur=20 la rive droite? Depuis Servoz jusqu'=C3=A0 Saint-Martin, en face de = Sallenches, on=20 pourrait croire que les blocs sont enfouis sous les =C3=A9boulemens de = la montagne de=20 Fis et de l'aiguille de Varens; mais au-dessus de la gracieuse cascade = du Nant=20 d'Arpenaz et du village de Maglan, la montagne offre des gradins = d=C3=A9couverts. Mgr=20 Rendu a d=C3=A9j=C3=A0 r=C3=A9solu cette difficult=C3=A9 : il fait = observer qu'=C3=A0 la hauteur de=20 Servoz, un puissant glacier venant du Buet devait d=C3=A9boucher dans = celui de l'Arve=20 par le col d'Anterne. Cet affluent consid=C3=A9rable, marchant = parall=C3=A8lement au=20 glacier de l'Arve dont il formait le flanc droit, ne charriait point des = blocs=20 de protogine; sa moraine =C3=A9tait calcaire comme les montagnes qui le = dominent. Or,=20 les contreforts de la vall=C3=A9e de Maglan =C3=A9tant de m=C3=AAme = nature, cette moraine se=20 confond avec les roches d'=C3=A9boulement. Rien n'est en effet plus = difficile que de=20 distinguer les blocs erratiques lorsqu'ils ont le m=C3=AAme aspect et la = m=C3=AAme=20 composition min=C3=A9ralogique que la roche sur laquelle ils reposent. = D'un autre=20 c=C3=B4t=C3=A9; ces fragmens de calcaire, de schiste, de gr=C3=A8s, = n'ont point r=C3=A9sist=C3=A9 comme=20 la protogine =C3=A0 l'influence des agens atmosph=C3=A9riques, et ont = =C3=A9t=C3=A9 d=C3=A9truits en=20 grande partie.
On voit que la th=C3=A9orie de l'ancienne extension des glaciers = explique tr=C3=A8s=20 bien la s=C3=A9paration des blocs de protogine et de la moraine = calcaire. La=20 supposition d'un courant diluvien est impuissante =C3=A0 r=C3=A9soudre = cette difficult=C3=A9.=20 En effet, comment comprendrait-on qu'un torrent imp=C3=A9tueux qui = aurait entra=C3=AEn=C3=A9=20 p=C3=AAle-m=C3=AAle les fragmens calcaires et les blocs de granite = aurait d=C3=A9pos=C3=A9 les uns=20 sur sa rive gauche, les autres sur sa rive droite, sans jamais les = m=C3=A9langer=20 entre eux? Cette supposition est inadmissible et prouve l'insuffisance = de=20 l'hypoth=C3=A8se diluvienne.
La longue moraine lat=C3=A9rale qui s'=C3=A9tend de Cluses =C3=A0 = Bonneville forme une zone=20 non interrompue tout le long du flanc gauche de la vall=C3=A9e. Les = derniers blocs de=20 cette moraine sont souvent =C3=A0 640 m=C3=A8tres au-dessus de l'Arve, = t=C3=A9moin ceux qu'on=20 remarque dans le voisinage de l'=C3=A9glise du mont Saxonex, dont la = position =C3=A9lev=C3=A9e=20 et l'aspect pittoresque attirent de loin les yeux du voyageur. Toute la = plaine=20 comprise entre Bonneville et la montagne de Sal=C3=A8ve est sem=C3=A9e = de nombreux blocs=20 erratiques. Toutefois ces blocs manquent compl=C3=A8tement sur une bande = longue de 17=20 kilom=C3=A8tres et d'une largeur variable qui s'=C3=A9tend depuis = l'entr=C3=A9e de la vall=C3=A9e du=20 Bornand jusqu'=C3=A0 Nangy, village situ=C3=A9 sur la route de = Bonneville =C3=A0 Gen=C3=A8ve. Cette=20 longue bande, connue sous le nom des Rocailles, est presque = compl=C3=A8tement=20 inculte et contraste par sa st=C3=A9rilit=C3=A9 avec la = v=C3=A9g=C3=A9tation vigoureuse de la plaine=20 environnante. La petite ville de la Roche, les villages de Saint-Laurent = et de=20 Cornier sont b=C3=A2tis sur les Rocailles, tandis que ceux de Pers, de = Saint-Romain=20 et de Nangy sont plac=C3=A9s sur les bords. En p=C3=A9n=C3=A9trant au = milieu de ces rochers,=20 dont plusieurs, =C3=A9lev=C3=A9s de 30 =C3=A0 40 m=C3=A8tres, portent = les imposantes ruines des=20 ch=C3=A2teaux de la Roche, du Ch=C3=A2telet et les tours de = Saint-Laurent et de=20 Bellecombe, le g=C3=A9ologue se voit transport=C3=A9 tout =C3=A0 coup = dans un pays calcaire. La=20 nature min=C3=A9ralogique des roches qui l'environnent, la boue blanche = qui couvre la=20 route, tout le confirme dans cette id=C3=A9e. Le botaniste = reconna=C3=AEt imm=C3=A9diatement=20 les plantes propres aux montagnes calcaires, le buis, le cyclamen, le=20 dompte-venin; mais ces apparences sont trompeuses : partout o=C3=B9 = les torrens=20 ont entam=C3=A9 le sol, on voit les bancs de mollasse sur lesquels = reposent ces=20 masses calcaires. Les coquilles fossiles qu'elles contiennent = ach=C3=A8vent de=20 d=C3=A9montrer que ces masses ne sont pas =C3=A0 leur place, mais = qu'elles ont =C3=A9t=C3=A9=20 arrach=C3=A9es jadis aux parties =C3=A9lev=C3=A9es des montagnes du = Bornand, et transport=C3=A9es=20 dans la plaine. On acquiert enfin la conviction que les Rocailles sont = une=20 grande moraine calcaire sortie de la vall=C3=A9e du Bornand =C3=A0 = l'=C3=A9poque o=C3=B9 un glacier=20 d=C3=A9bouchait de cette vall=C3=A9e pour se r=C3=A9unir =C3=A0 celui de = l'Arve. Sur plusieurs=20 points, on peut voir la moraine granitique et la moraine calcaire se = toucher=20 sans se confondre, =C3=A0 l'entr=C3=A9e, par exemple, de la ville de la = Roche du c=C3=B4t=C3=A9 de=20 Bonneville, et aupr=C3=A8s du pont de Bellecombe, au-dessous du village = de Nangy. A=20 un kilom=C3=A8tre en amont de ce village, tous les voyageurs remarquent = deux rochers=20 escarp=C3=A9s qui s'=C3=A9l=C3=A8vent pr=C3=A8s de la route. L'un = supporte un pavillon, c'est le=20 Ch=C3=A2teau de pierre; l'autre, un bouquet de pins de l'effet le plus = pittoresque.=20 Ces deux rochers sont les derniers blocs de la moraine calcaire du = Bornand,=20 pouss=C3=A9s jadis par le glacier jusque sur la rive droite de = l'Arve.
Au-del=C3=A0 de Nangy, la plaine comprise entre le flanc = m=C3=A9ridional des Voirons et=20 le revers oriental des monts Sal=C3=A8ves est sem=C3=A9e de blocs de = protogine, qui se=20 sont accumul=C3=A9s principalement sur le plateau des Bornes, = situ=C3=A9 derri=C3=A8re=20 ces montagnes; mais c'est sur la face orientale des deux Sal=C3=A8ves = qu'il faut=20 chercher la moraine terminale du glacier de l'Arve. Malgr=C3=A9 une = exploitation=20 active qui dure depuis plusieurs ann=C3=A9es, la croupe arrondie de ces = deux=20 montagnes est partout recouverte de ces blocs. Un grand nombre d'entre = eux ont=20 p=C3=A9n=C3=A9tr=C3=A9 dans la gorge de Monetier, d'autres sont = rest=C3=A9s suspendus au haut de=20 l'escarpement qui regarde Gen=C3=A8ve, ou ont =C3=A9t=C3=A9 = pr=C3=A9cipit=C3=A9s dans la plaine dont=20 cette ville occupe le centre. Pr=C3=A8s du village de Mornex, situ=C3=A9 = sur le revers=20 oriental du petit Sal=C3=A8ve, on trouve aussi des roches polies et des = amas=20 consid=C3=A9rables de sable, de gravier et de cailloux stri=C3=A9s. = Ainsi toutes les=20 preuves de l'ancienne existence d'un glacier sont r=C3=A9unies sur le = versant=20 oriental des Sal=C3=A8ves, aussi visibles, aussi incontestables que dans = la vall=C3=A9e de=20 Chamonix, berceau du glacier gigantesque dont nous avons suivi les = traces. Pour=20 lui, les Sal=C3=A8ves n'=C3=A9taient point une barri=C3=A8re = infranchissable; il a d=C3=A9pass=C3=A9=20 leurs cimes, contourn=C3=A9 leurs extr=C3=A9mit=C3=A9s et jet=C3=A9 ses = derniers blocs sur le mont=20 de Sion, renflement mollassique situ=C3=A9 au sud de Gen=C3=A8ve et = point de partage des=20 eaux qui se rendent dans le lac L=C3=A9man ou dans celui d'Annecy. Les = blocs de=20 protogine occupent les parties les plus =C3=A9lev=C3=A9es du mont de = Sion, et le dernier=20 groupe couronne le sommet d'une colline qui s'=C3=A9l=C3=A8ve au-dessus = du village de=20 Vers, pr=C3=A8s de la route de Gen=C3=A8ve =C3=A0 Chamb=C3=A9ry.
Sur les deux versans du mont de Sion, le g=C3=A9ologue trouve des = blocs erratiques=20 de nature tr=C3=A8s vari=C3=A9e, et, en se rappelant les montagnes = o=C3=B9 ces roches forment=20 des massifs consid=C3=A9rables, il acquiert la conviction qu'il se = trouve au point de=20 rencontre de trois grands glaciers ant=C3=A9diluviens, celui du = Rh=C3=B4ne, qui=20 remplissait tout le bassin du L=C3=A9man; celui de l'Is=C3=A8re, qui = d=C3=A9bouchait par les=20 lacs d'Annecy et du Bourget, et celui de l'Arve, qui, s'intercalant = entre eux=20 comme un coin aigu, venait se terminer pr=C3=A8s du village de Vers. = L'humble mont de=20 Sion =C3=A9tait, comme le dit M. Arnold Guyot, =C3=A0 qui on doit cette = belle d=C3=A9couverte,=20 le point o=C3=B9 venaient converger ces puissans glaciers qui ont si = profond=C3=A9ment=20 modifi=C3=A9 la surface de la plaine comprise entre les Alpes et le = Jura. Nous ne les=20 suivrons pas tous dans leur parcours, car tous nous pr=C3=A9senteraient = des=20 particularit=C3=A9s analogues =C3=A0 celles du glacier de l'Arve. = Tra=C3=A7ons seulement =C3=A0=20 grands traits les limites de l'ancienne extension de ces glaciers.
Le glacier du Rh=C3=B4ne prenait naissance dans toutes les = vall=C3=A9es lat=C3=A9rales qui=20 d=C3=A9coupent les deux cha=C3=AEnes parall=C3=A8les du Valais, et = o=C3=B9 se trouvent les montagnes=20 les plus =C3=A9lev=C3=A9es de la Suisse, le Mont-Rose, le Mont-Cervin, = la Jungfrau, le=20 Velan, etc. Ce glacier remplissait le Valais et s'=C3=A9tendait dans la = plaine=20 comprise entre les Alpes et le Jura, depuis le fort l'=C3=89cluse, = pr=C3=A8s de la perte=20 du Rh=C3=B4ne, jusque dans les environs d'Aarau. C'=C3=A9tait le glacier = principal de la=20 Suisse; c'est lui qui a charri=C3=A9 ces blocs innombrables qui couvrent = le Jura=20 jusqu'=C3=A0 la hauteur de 1 040 m=C3=A8tres au-dessus de la mer. Les = autres glaciers=20 n'=C3=A9taient que de faibles affluens du glacier du Rh=C3=B4ne = incapables de le faire=20 d=C3=A9vier de sa direction. Ainsi, lorsque le glacier de l'Arve le = rencontre sur la=20 cr=C3=AAte des Sal=C3=A8ves ou sur les flancs des Voirons, on = reconna=C3=AEt =C3=A0 la disposition=20 des moraines que le glacier du Rh=C3=B4ne continue sa marche, tandis que = celui de=20 l'Arve s'arr=C3=AAte brusquement. De m=C3=AAme un fleuve rapide refoule = le faible ruisseau=20 qui lui apporte le tribut de ses eaux.
Les autres glaciers secondaires occupaient les principales = vall=C3=A9es de la=20 Suisse. Tels =C3=A9taient le glacier de l'Aar dont les derni=C3=A8res = moraines couronnent=20 les collines des environs de Berne, celui de la Reuss qui a couvert les = bords du=20 lac des Quatre-Cantons de blocs arrach=C3=A9s aux cimes du = Saint-Gothard. Celui de la=20 Linth s'arr=C3=AAtait =C3=A0 l'extr=C3=A9mit=C3=A9 du lac de Zurich, et = la ville est b=C3=A2tie sur sa=20 moraine terminale. Enfin celui du Rhin, moins =C3=A9tudi=C3=A9 que les = autres, occupait=20 tout le bassin du lac de Constance, et s'=C3=A9tendait jusque sur les = parties=20 limitrophes de l'Allemagne.
Ainsi donc, pendant la p=C3=A9riode de froid qui a = pr=C3=A9c=C3=A9d=C3=A9 l'apparition de l'homme=20 sur la terre, la Suisse =C3=A9tait une vaste mer de glace dont les = racines=20 s'enfon=C3=A7aient dans les hautes vall=C3=A9es des Alpes, tandis que = l'escarpement=20 terminal s'appuyait sur le Jura. De m=C3=AAme, sur le versant = m=C3=A9ridional de la=20 cha=C3=AEne, les glaciers descendaient dans les plaines du Pi=C3=A9mont = et de la=20 Lombardie. Ceux du revers m=C3=A9ridional du Mont-Blanc se = r=C3=A9unissaient pour former=20 le glacier de la vall=C3=A9e d'Aoste. Sa moraine terminale = s'=C3=A9l=C3=A8ve comme une digue=20 gigantesque aux environs de la ville d'Yvr=C3=A9e; c'est la Serra = du Pi=C3=A9mont.=20 La plupart des lacs de la haute Italie doivent leur existence aux = moraines=20 frontales de ces grands glaciers; en barrant le cours des fleuves, elles = les ont=20 forc=C3=A9s =C3=A0 s'=C3=A9tendre sous forme de nappes liquides. Parmi = les moraines les plus=20 =C3=A9videntes, je citerai les trois arcs concentriques qui = circonscrivent=20 l'extr=C3=A9mit=C3=A9 du lac Majeur pr=C3=A8s de Sesto-Calende : = celles du lac de Garde ne=20 sont pas moins bien caract=C3=A9ris=C3=A9es, aux environs de Desenzano = et de=20 Peschiera.
xxxxxxxxxx
(1) Voyage dans les =
Alpes, =C2=A7=20
623.
(2) Cette =C3=A9paisseur n'a rien de surprenant, =
si l'on=20
r=C3=A9fl=C3=A9chit que celle du glacier actuel de l'Aar pr=C3=A8s de =
l'Abschwung est de 400=20
m=C3=A8tres au moins.
Lorsque l'imagination se repr=C3=A9sente tous les pays qui = environnent les Alpes=20 ensevelis sous la glace =C3=A0 la distance de plusieurs = myriam=C3=A8tres, elle fr=C3=A9mit pour=20 ainsi dire =C3=A0 l'id=C3=A9e du froid =C3=A9pouvantable que suppose ce = d=C3=A9veloppement=20 prodigieux des glaciers alpins. Il semble que les climats de la = Sib=C3=A9rie=20 n'offrent rien d'assez rigoureux pour expliquer l'existence permanente = de ce=20 manteau de glace =C3=A9tendu sur des contr=C3=A9es qui jouissent = maintenant d'un climat=20 temp=C3=A9r=C3=A9. Il est facile de montrer combien ces id=C3=A9es sont = exag=C3=A9r=C3=A9es.
En effet, ce que nous avons dit sur la transformation de la neige en = glace=20 par des fusions et des cong=C3=A9lations r=C3=A9p=C3=A9t=C3=A9es doit = faire comprendre qu'il ne=20 saurait y avoir de glaciers avec un climat d'une rigueur extr=C3=AAme, = tel que celui=20 du nord de la Sib=C3=A9rie. Le Spitzberg, qui r=C3=A9alise au plus haut = degr=C3=A9 la=20 conception d'un pays envahi par les glaciers, puisqu'ils descendent = partout=20 jusque dans la mer, a une temp=C3=A9rature moyenne de 8 degr=C3=A9s = centigrades au-dessous=20 de z=C3=A9ro; celle de l'=C3=A9t=C3=A9 est de 2=C2=B0,4 au-dessus. = L'Islande, o=C3=B9 les glaciers=20 s'arr=C3=AAtent au rivage de la mer, mais ne le d=C3=A9passent pas, = comme ceux du=20 Spitzberg, pr=C3=A9sente dans ses diff=C3=A9rens points une = temp=C3=A9rature moyenne comprise=20 entre z=C3=A9ro et + 4=C2=B0. Nous pouvons d'ailleurs, =C3=A0 l'aide = d'un calcul fort simple,=20 nous former une id=C3=A9e du climat qui a pu amener les glaciers du = Mont-Blanc=20 jusqu'aux bords du lac de Gen=C3=A8ve. La temp=C3=A9rature moyenne de = cette ville est de=20 9=C2=B0,56. Sur les montagnes environnantes, la limite des neiges = perp=C3=A9tuelles se=20 trouve, comme nous l'avons vu, =C3=A0 2 700 m=C3=A8tres au-dessus de la = mer. Les grands=20 glaciers de la vall=C3=A9e de Chamonix descendent =C3=A0 1 550 = m=C3=A8tres au-dessous de cette=20 ligne. Cela pos=C3=A9, supposons que la temp=C3=A9rature moyenne de = Gen=C3=A8ve s'abaisse de 4=20 degr=C3=A9s seulement et devienne par cons=C3=A9quent 5=C2=B0,56. Le = d=C3=A9croissement de la=20 temp=C3=A9rature avec la hauteur =C3=A9tant de 1 degr=C3=A9 pour 188 = m=C3=A8tres, la limite des=20 neiges =C3=A9ternelles s'abaissera de 750 m=C3=A8tres et ne sera plus = qu'=C3=A0 1 955 m=C3=A8tres=20 au-dessus de la mer. On accordera sans difficult=C3=A9 que les glaciers = de Chamonix=20 descendraient au-dessous de cette nouvelle limite d'une quantit=C3=A9 au = moins =C3=A9gale=20 =C3=A0 celle qui existe entre la limite actuelle et leur = extr=C3=A9mit=C3=A9 inf=C3=A9rieure. Or,=20 actuellement le pied de ces glaciers est =C3=A0 1 150 m=C3=A8tres = au-dessus de l'oc=C3=A9an;=20 avec un climat plus froid de 4 degr=C3=A9s, il sera de 750 m=C3=A8tres = plus bas,=20 c'est-=C3=A0-dire au niveau de la plaine suisse. Ainsi donc = l'abaissement de la ligne=20 des neiges =C3=A9ternelles suffirait pour faire descendre, le glacier de = l'Arve=20 jusqu'aux environs de Gen=C3=A8ve. Mais il ne faut pas oublier qu'un = glacier descend=20 d'autant plus bas que le cirque d'o=C3=B9 il provient est plus vaste; = or, des=20 glaciers, ayant pour bassin d'alimentation toutes les vall=C3=A9es et = toutes les=20 gorges =C3=A9lev=C3=A9es au-dessus de 1 950 m=C3=A8tres de hauteur, = descendront, par cela seul,=20 beaucoup plus bas qu'auparavant. Ainsi, l'action r=C3=A9unie de ces deux = causes,=20 l'abaissement de la ligne des neiges =C3=A9ternelles et l'agrandissement = des cirques,=20 causes dont chacune, prise isol=C3=A9ment., suffirait pour expliquer = l'ancienne=20 extension des glaciers, nous fait tr=C3=A8s bien comprendre comment = celui de l'Arve a=20 pu jadis s'avancer jusqu'aux environs de Gen=C3=A8ve. N'oublions pas que = cette=20 extension a =C3=A9t=C3=A9 l'=C5=93uvre d'une longue suite de = si=C3=A8cles dont le nombre nous est,=20 pour ainsi dire, r=C3=A9v=C3=A9l=C3=A9 par ces millions de blocs que le = glacier a lentement et=20 successivement charri=C3=A9s du pied du Mont-Blanc jusqu'aux bords du = L=C3=A9man.
Le climat qui a favoris=C3=A9 ce d=C3=A9veloppement prodigieux des = glaciers n'a rien=20 dont nous ne puissions nous faire une id=C3=A9e fort exacte : c'est = le climat=20 d'Upsal, de Stockholm, de Christiana et de la partie septentrionale de=20 l'Am=C3=A9rique dans l'=C3=A9tat de New-York Les g=C3=A9ologues, qui = n'h=C3=A9sitent pas =C3=A0 =C3=A9lever de=20 10 =C3=A0 20 degr=C3=A9s les temp=C3=A9ratures moyennes des zones = froides ou temp=C3=A9r=C3=A9es pour=20 expliquer la pr=C3=A9sence dans le sein de la terre de foug=C3=A8res = tropicales ou=20 d'animaux des pays chauds, auraient mauvaise grace, ce me semble, =C3=A0 = s'effaroucher de cette alt=C3=A9ration de la temp=C3=A9rature moyenne = annuelle, parce que=20 le changement propos=C3=A9 se fait dans un autre sens, et que le = thermom=C3=A8tre descend=20 au lieu de monter. Si l'on accorde que le climat d'une portion du globe = a pu=20 changer, il est aussi l=C3=A9gitime de supposer qu'il s'est refroidi que = d'admettre=20 qu'il s'est r=C3=A9chauff=C3=A9, et diminuer de 4 degr=C3=A9s la = temp=C3=A9rature moyenne d'une=20 contr=C3=A9e pour expliquer une des plus grandes r=C3=A9volutions du = globe, c'est, =C3=A0 coup=20 s=C3=BBr, une des hypoth=C3=A8ses les moins hardies que la g=C3=A9ologie = se soit permises.
Discuter les causes qui ont produit cet abaissement de = temp=C3=A9rature, indiquer=20 les changemens g=C3=A9ologiques ou m=C3=A9t=C3=A9orologiques qui ont = amen=C3=A9 cette longue p=C3=A9riode=20 de froid, me para=C3=AEt une tentative tout-=C3=A0-fait = pr=C3=A9matur=C3=A9e. Il faut, avant tout,=20 dresser la carte de l'ancienne extension des glaciers; or, c'est =C3=A0 = peine si elle=20 est =C3=A9bauch=C3=A9e pour les Alpes, les Vosges et les montagnes de = l'=C3=89cosse.=20 D'anciennes moraines existent dans les Pyr=C3=A9n=C3=A9es, l'Alta=C3=AF, = le Caucase et l'Atlas;=20 mais personne n'a encore entrepris la topographie des glaciers qui les = ont=20 pouss=C3=A9es devant eux. La Su=C3=A8de, la Norv=C3=A8ge, le Danemark, = la Finlande, le nord de=20 l'Am=C3=A9rique, =C3=A9taient couverts de grandes nappes de glace, dont = la limite=20 m=C3=A9ridionale reste encore =C3=A0 d=C3=A9terminer. Que dire, par = cons=C3=A9quent, de positif sur=20 les causes d'un ph=C3=A9nom=C3=A8ne dont nous ignorons l'=C3=A9tendue? = N'imitons pas nos=20 pr=C3=A9d=C3=A9cesseurs, dont la brillante imagination appuyait les = g=C3=A9n=C3=A9ralisations les=20 plus hardies sur la base fragile de quelques faits isol=C3=A9s et = incomplets. Toutes=20 ces oeuvres h=C3=A2tives sont destin=C3=A9es =C3=A0 p=C3=A9rir. La = science vient de, nous r=C3=A9v=C3=A9ler=20 une =C3=A9poque nouvelle dans l'histoire de notre plan=C3=A8te; un vaste = champ s'ouvre=20 devant les physiciens, les astronomes et les naturalistes. Ne craignons = pas de=20 jeter un regard investigateur dans les profondeurs de ce pass=C3=A9 = lointain, dont la=20 surface de la terre a conserv=C3=A9 la trace, mais repoussons ces = hypoth=C3=A8ses qui=20 devancent les faits, et que le fait le plus minime en apparence renverse = impitoyablement. Gardons-nous toutefois de tomber dans l'exc=C3=A8s = oppos=C3=A9. =C3=80 c=C3=B4t=C3=A9 de=20 la p=C3=A9riode diluvienne, nous voyons poindre la p=C3=A9riode = glaciaire; saluons=20 l'apparition de cette derni=C3=A8re phase des r=C3=A9volutions du globe, = car elle nous a=20 =C3=A9t=C3=A9 d=C3=A9voil=C3=A9e par l'=C3=A9tude attentive de faits = bien observ=C3=A9s .et non par de vaines=20 sp=C3=A9culations de l'esprit. Ne renouvelons pas les querelles oiseuses = des=20 neptuniens et des vulcanistes; l'=C3=A9quitable post=C3=A9rit=C3=A9 a = jug=C3=A9 entre eux. Ils=20 avaient =C3=A9galement tort comme partisans passionn=C3=A9s d'une = id=C3=A9e exclusive, ils=20 avaient =C3=A9galement raison par les faits et les observations qu'ils = apportaient =C3=A0=20 l'appui de leurs th=C3=A9ories absolues. Tous les g=C3=A9ologues actuels = sont =C3=A0 la fois=20 vulcanistes et neptuniens; la science a fait la part de l'eau et du feu. = Il en=20 sera de m=C3=AAme des glaciers et des courans. Les uns et les autres ont = jou=C3=A9 leur=20 r=C3=B4le dans le pass=C3=A9, comme ils le remplissent encore = actuellement. Les ph=C3=A9nom=C3=A8nes=20 sont rest=C3=A9s les m=C3=AAmes; mais, au lieu de ces manifestations = gigantesques,=20 caract=C3=A8re des =C3=A9poques g=C3=A9ologiques ant=C3=A9rieures =C3=A0 = la n=C3=B4tre, ils se renferment dans=20 les limites d'action qui leur sont impos=C3=A9es par l'=C3=A9quilibre de = la p=C3=A9riode de=20 repos que l'apparition de l'homme a inaugur=C3=A9e sur la terre.
CH. MARTINS.
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