From: =?Windows-1252?Q?Enregistr=E9_par_Windows_Internet_Explorer=A07?= Subject: =?Windows-1252?Q?Les_Alpes_sous_la_glace._-_Planet-Terre_:_ressources_en_?= =?Windows-1252?Q?g=E9ologie_/_sciences_de_la_Terre?= Date: Fri, 11 Jul 2008 08:46:26 +0200 MIME-Version: 1.0 Content-Type: multipart/related; type="text/html"; boundary="----=_NextPart_000_0000_01C8E332.9AF497D0" X-MimeOLE: Produced By Microsoft MimeOLE V6.0.6000.16545 This is a multi-part message in MIME format. ------=_NextPart_000_0000_01C8E332.9AF497D0 Content-Type: text/html; charset="utf-8" Content-Transfer-Encoding: quoted-printable Content-Location: http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata/LOM-histoire-glaciation.xml =EF=BB=BF
R=C3=A9sum=C3=A9
Histoire de la d=C3=A9couverte des glaciations au XIXe=20 si=C3=A8cle.
Table des mati=C3=A8res
La d=C3=A9couverte des glaciations alpines au cours du = XIXe si=C3=A8cle est=20 l'une des plus belles d=C3=A9couvertes de la g=C3=A9ologie, amenant un = bouleversement=20 radical dans la perception du globe, de son histoire et de son climat. = Comme=20 toutes les visions novatrices, elle dut pour s'imposer vaincre les = r=C3=A9ticences=20 les plus fortes et les sarcasmes les plus virulents en ne comptant que = sur le=20 courage et la pers=C3=A9v=C3=A9rance de ses premiers promoteurs. Le = point de d=C3=A9part de ce=20 nouveau regard sur la Terre ? La d=C3=A9couverte dans les plaines = de Suisse et=20 du Jura de blocs de rochers =C3=A9tonnants.
A la fin du XVIIIe si=C3=A8cle, lorsque les g=C3=A9ologues = explorateurs=20 arrivent dans les vall=C3=A9es de la Suisse et du Jura pour =C3=A9tudier = la structure et=20 la gen=C3=A8se des montagnes, ils sont imm=C3=A9diatement intrigu=C3=A9s = par des rochers=20 =C3=A9tonnants. De nature granitique, ces rochers pouvant peser = plusieurs tonnes se=20 tiennent isol=C3=A9s, tels des statues, au milieu de plaines ou au = sommet de collines=20 constitu=C3=A9es de roches calcaires. Ils apparaissent comme des intrus, = sans aucune=20 parent=C3=A9 avec les roches qui les environnent.
On les d=C3=A9nomme =C2=AB blocs erratiques =C2=BB, = c=E2=80=99est-=C3=A0-dire errants. Que=20 font-ils l=C3=A0, quelle peut =C3=AAtre leur origine ?
Horace-B=C3=A9n=C3=A9dict de = Saussure=20 (1740-1799) laisse =C3=A9clater son =C3=A9tonnement : = =C2=AB Les granites ne se forment pas dans la terre comme = des=20 truffes, et ne croissent pas comme des sapins sur les roches=20 calcaires =C2=BB !
L=E2=80=99=C3=A9nigme est s=C3=A9rieuse, d=C3=A9routante, et les = explications avanc=C3=A9es nombreuses.=20 Jean Etienne Guettard = (1715-1786)=20 suppose en 1762 que les blocs granitiques, tellement abondants entre la = mer=20 Baltique et les Carpates, sont les restes d=E2=80=99une ancienne = montagne, aujourd=E2=80=99hui=20 enti=C3=A8rement =C3=A9rod=C3=A9e. On observe cependant que les blocs = sont exactement de la=20 m=C3=AAme nature que les roches des plus hauts sommets des Alpes, = situ=C3=A9es =C3=A0 une=20 centaine de kilom=C3=A8tres. Leur origine est incontestablement l=C3=A0, = mais comment=20 ont-ils =C3=A9t=C3=A9 transport=C3=A9s ?
Jean-Andr=C3=A9 De Luc = (1727-1817) fait=20 en 1778 une des propositions les plus ing=C3=A9nieuses. Il cro=C3=AEt, = comme beaucoup de=20 ses contemporains, que la cro=C3=BBte terrestre poss=C3=A8de un grand = nombre de cavit=C3=A9s=20 souterraines remplies d=E2=80=99un fluide expansif, tel que = l=E2=80=99air. L=E2=80=99enfoncement=20 progressif de la cro=C3=BBte provoque la compression puis = l=E2=80=99explosion du fluide=20 emprisonn=C3=A9, projetant des blocs =C3=A0 travers les airs sur une = grande distance.=20 Saussure s=E2=80=99oppose vertement =C3=A0 une telle explication = jug=C3=A9e farfelue. A-t-on un=20 seul exemple d=E2=80=99une explosion semblable ? Et un bloc = propuls=C3=A9 des Alpes au Jura=20 ne s=E2=80=99=C3=A9craserait-il pas en mille morceaux en atterrissant ? =
Saussure remarque que les blocs erratiques sont tous situ=C3=A9s dans = l=E2=80=99axe des=20 vall=C3=A9es alpines, ce qui l=E2=80=99am=C3=A8ne =C3=A0 conjecturer que = les blocs ont =C3=A9t=C3=A9 charri=C3=A9s et=20 d=C3=A9pos=C3=A9s par une grande d=C3=A9b=C3=A2cle ou un courant = d=E2=80=99une violence et d=E2=80=99une =C3=A9tendue=20 consid=C3=A9rables. Son opinion fait l=E2=80=99unanimit=C3=A9, = l=E2=80=99eau paraissant le moyen de=20 transport le plus appropri=C3=A9. On explique qu=E2=80=99elle provient = soit de la rupture=20 subite de vastes bassins dont on suppose l=E2=80=99existence dans les = parties sup=C3=A9rieure=20 des vall=C3=A9es, soit de la fonte exceptionnelle des glaciers, =C3=A0 = cause de l=E2=80=99action=20 de gaz chauds souterrains par exemple. Leopold von=20 Buch (1774-1853) calcule m=C3=AAme la force du courant = n=C3=A9cessaire=20 pour que les blocs venant des vall=C3=A9es alpines puissent remonter les = pentes du=20 Jura !
D=E2=80=99autres hypoth=C3=A8ses sont =C3=A9mises. Certains = pr=C3=A9tendent que le soul=C3=A8vement des=20 Alpes s=E2=80=99est op=C3=A9r=C3=A9e d=E2=80=99une mani=C3=A8re si = brutale, que les eaux de la mer qui=20 recouvraient la r=C3=A9gion se sont retir=C3=A9es et =C3=A9coul=C3=A9es = des pentes des montagnes=20 avec tant de vigueur qu=E2=80=99elles ont pu enlever et entra=C3=AEner = les blocs qui se=20 trouvaient sur leur passage. D=E2=80=99autres, apr=C3=A8s avoir pris = connaissance des=20 exp=C3=A9ditions polaires de l=E2=80=99=C3=A9poque, recourent au pouvoir = de transport de la glace=20 flottante. Ils envisagent une =C3=A9poque o=C3=B9 la mer envahissait les = vall=C3=A9es alpines=20 et o=C3=B9 les glaciers lib=C3=A9raient des icebergs portant tel des = radeaux des blocs=20 arrach=C3=A9s aux montagnes. Ceux-ci finissaient par couler lorsque la = glace n=E2=80=99avait=20 plus la capacit=C3=A9 de les porter.
Chacune de ces solutions a ses partisans et ses d=C3=A9tracteurs, = mais aucune ne=20 remporte l=E2=80=99adh=C3=A9sion. Mais quelle autre alternative proposer = ? C=E2=80=99est=20 indirectement qu=E2=80=99une nouvelle piste est ouverte.
Depuis la fin du XVIIIe si=C3=A8cle, les glaciers de la = Suisse=20 subissent une crue inhabituelle, avan=C3=A7ant sur leur ancienne = position, =C3=A0 tel=20 point que les autorit=C3=A9s suisses en deviennent soucieuses : les = glaciers=20 peuvent-ils continuer =C3=A0 gagner en longueur et venir menacer les = constructions=20 humaines ?
En 1821, un ing=C3=A9nieur suisse, Ignace=20 Venetz (1788-1859), s=E2=80=99attaque au probl=C3=A8me, = et parcourt les=20 glaciers pour comprendre leur fonctionnement et trouver des indices de = leurs=20 anciennes positions. Il recueille d=E2=80=99abord des t=C3=A9moignages = montrant que les=20 glaciers ont bel et bien avanc=C3=A9s : certains cols, autrefois = praticables,=20 sont aujourd=E2=80=99hui impossibles =C3=A0 traverser =C3=A0 cause de la = glace qui les ont=20 envahis ; des chapelles construites aux abords des glaciers ont = =C3=A9t=C3=A9=20 enti=C3=A8rement d=C3=A9truites par la progression des glaces.
Mais bient=C3=B4t il d=C3=A9couvre un autre fait, autrement plus = d=C3=A9concertant. Les=20 glaciers poussent devant eux des d=C3=A9bris, blocs et sable confondus, = amoncel=C3=A9s en=20 tous sens, sans stratification. Ces d=C3=A9bris constituent des = moraines, sorte de=20 butes bien identifi=C3=A9es, marquant la limite des glaciers. Venetz = reconna=C3=AEt que de=20 petites collines situ=C3=A9es =C3=A0 quelques kilom=C3=A8tres sous les = glaciers ont exactement=20 la m=C3=AAme composition et la m=C3=AAme structure que les moraines = actuelles. Aucun doute=20 ne peut subsister : elles ne sont pas autre chose que = d=E2=80=99authentiques=20 anciennes moraines, prouvant que les glaciers ont =C3=A9t=C3=A9 = autrefois plus =C3=A9tendus et=20 qu=E2=80=99ils ont recul=C3=A9 !
La conclusion, si elle est vraie, est embarrassante. On suppose en = effet =C3=A0=20 l=E2=80=99=C3=A9poque que la Terre, initialement en fusion, = s=E2=80=99est progressivement refroidie=20 au cours des temps. Elle n=E2=80=99a donc pas pu acqu=C3=A9rir de la = chaleur, son climat n=E2=80=99a=20 pas pu devenir plus cl=C3=A9ment et les glaciers n=E2=80=99ont jamais pu = avoir une =C3=A9tendue=20 plus importante qu=E2=80=99aujourd=E2=80=99hui ! C=E2=80=99est = aller contre toutes les autres=20 =C3=A9vidences que d=E2=80=99affirmer le contraire.
Pour Venetz cependant, le climat de la Terre n=E2=80=99=C3=A9volue = pas d=E2=80=99une mani=C3=A8re=20 unidirectionnelle mais est tant=C3=B4t plus chaud, tant=C3=B4t plus = froid. Il oscille. Les=20 anciennes moraines montrent ind=C3=A9niablement que le climat a = =C3=A9t=C3=A9 =C3=A0 une p=C3=A9riode=20 beaucoup plus froid et qu=E2=80=99il s=E2=80=99est ensuite = r=C3=A9chauff=C3=A9. Actuellement, on assiste =C3=A0=20 un nouveau refroidissement.
Venetz ne s=E2=80=99arr=C3=AAte pas =C3=A0 ce premier r=C3=A9sultat = mais poursuit ses recherches.=20 Pr=C3=A9sume-t-il qu=E2=80=99il ne va pas assez loin, que ses = observations peuvent l=E2=80=99amener =C3=A0=20 une r=C3=A9v=C3=A9lation plus incroyable encore ? Quelqu=E2=80=99un = lui a d=C3=A9j=C3=A0 mis la puce =C3=A0=20 l=E2=80=99oreille. En 1818, lorsqu=E2=80=99il =C3=A9tait charg=C3=A9 de = travaux dans une vall=C3=A9e suisse, il=20 a rencontr=C3=A9 un ardent et intelligent montagnard, Jean-Pierre Perraudin. Celui-ci, = chasseur de=20 chamois, explore les glaciers depuis son enfance et n=E2=80=99a pas = manqu=C3=A9 d=E2=80=99=C3=AAtre=20 intrigu=C3=A9 par un certain nombre de ph=C3=A9nom=C3=A8nes, tels les = blocs erratiques ou des=20 stries sur les rochers.
Figure 6. Un glacier, au plus fort de sa = pouss=C3=A9e=20 vers 1820, dans la vall=C3=A9e de Chamonix (litho de J. Dubois)
Il affirme sans h=C3=A9siter : =C2=AB Les glaciers=20 de nos montagnes ont eu jadis une bien plus grande extension = qu=E2=80=99aujourd=E2=80=99hui.=20 Toute notre vall=C3=A9e jusqu=E2=80=99=C3=A0 une grande hauteur = au-dessus de la Dranse a =C3=A9t=C3=A9=20 occup=C3=A9e par un vaste glacier, qui se prolongeait = jusqu=E2=80=99=C3=A0 Martigny, comme le=20 prouvent les blocs de roches qu=E2=80=99on trouve dans les environs de = cette ville et=20 qui sont trop gros pour que l=E2=80=99eau ait pu les y = amener. =C2=BB
Gr=C3=A2ce =C3=A0 ses seules observations et au rapprochement des = faits, Perraudin a=20 donc compris que les blocs erratiques sont des rochers arrach=C3=A9s aux = flancs des=20 montagnes, transport=C3=A9s par les glaciers alors plus =C3=A9tendus = (Martigny se trouve =C3=A0=20 une quarantaine de kilom=C3=A8tres du front glaciaire de = l=E2=80=99=C3=A9poque) et abandonn=C3=A9s lors=20 de leur retrait. Libre de toute influence, il a su aller l=C3=A0 o=C3=B9 = les g=C3=A9ologues de=20 m=C3=A9tier n=E2=80=99ont pas encore os=C3=A9 s=E2=80=99aventurer.
Perraudin ajoute un autre indice : =C2=AB Ayant=20 depuis longtemps observ=C3=A9 des marques ou cicatrices faites sur des = rocs vifs et=20 qui ne se d=C3=A9composent point (ces marques sont toutes dans la = direction des=20 vallons) et dont je ne connaissais pas la cause, apr=C3=A8s bien des = r=C3=A9flexions, j=E2=80=99ai=20 enfin, en m=E2=80=99approchant des glaciers, jug=C3=A9 qu=E2=80=99elles = =C3=A9taient faites par la=20 pression ou pesanteur des dites masses, dont je trouve des marques au = moins=20 jusqu=E2=80=99=C3=A0 Champsec. Cela me fait croire qu=E2=80=99autrefois = la grande masse des glaciers=20 remplissait toute la vall=C3=A9e de Bagnes, et je m=E2=80=99offre =C3=A0 = le prouver aux curieux=20 par l=E2=80=99=C3=A9vidence, en rapprochant les dites traces de celles = que les glaciers=20 d=C3=A9couvrent =C3=A0 pr=C3=A9sent. =C2=BB
Figure 7. Roches polies et stri=C3=A9es = par un ancien=20 glacier repr=C3=A9sent=C3=A9es par L. Agassiz en 1840.
Perraudin a donc reconnu un autre signe caract=C3=A9ristique du = passage des=20 glaciers dans une r=C3=A9gion qui n=E2=80=99en poss=C3=A8de plus, celui = des stries sur les roches=20 polies. Ces stries sont creus=C3=A9es par des cailloux = ench=C3=A2ss=C3=A9s dans la glace en=20 mouvement et permettent d=E2=80=99en conna=C3=AEtre la direction = d=E2=80=99=C3=A9coulement. Les=20 observations de Perraudin sont donc minutieuses et ses r=C3=A9flexions = pertinentes.=20 Mais lorsqu=E2=80=99il expose sa th=C3=A9orie aux gens de passage dans = sa vall=C3=A9e, elle semble=20 si extraordinaire, si extravagante m=C3=AAme, que personne ne juge = qu=E2=80=99elle vaut la=20 peine d=E2=80=99=C3=AAtre m=C3=A9dit=C3=A9e et prise en = consid=C3=A9ration.
Venetz, n=C3=A9anmoins, a certainement d=C3=BB =C3=AAtre marqu=C3=A9 = par les raisonnements du=20 vaillant montagnard. Et encourag=C3=A9 par le succ=C3=A8s de ses = premi=C3=A8res recherches, il=20 reprend ses observations en s=E2=80=99=C3=A9loignant des vall=C3=A9es = glaciaires actuelles. Quelle=20 =C3=A9tait l=E2=80=99extension maximale des anciens glaciers ? = Partout o=C3=B9 il se rend=20 pour ses investigations, =C3=A0 travers le plateau suisse = jusqu=E2=80=99au Jura, il d=C3=A9couvre=20 des traces d=E2=80=99anciennes moraines et des blocs de granite qui = incontestablement=20 proviennent du massif du Mont-Blanc.
Pas =C3=A0 pas, il arrive =C3=A0 la persuasion que tous ces blocs ont = =C3=A9t=C3=A9 transport=C3=A9s=20 par un glacier qui occupait jadis toute la vall=C3=A9e du = Rh=C3=B4ne ! Pour son=20 propre compte, il a donc refait les d=C3=A9ductions de Perraudin mais = =C3=A0 une =C3=A9chelle=20 bien plus grande, puisque son ancien glacier a maintenant plusieurs = centaines de=20 kilom=C3=A8tres de long. Ne se trompe-t-il pas ? Ne se laisse-t-il = pas emporter=20 par l=E2=80=99audace de sa th=C3=A9orie ? Ses observations sont = s=C3=BBres, ses=20 interpr=C3=A9tations logiques, mais effray=C3=A9 par les = cons=C3=A9quences de ses d=C3=A9ductions,=20 il conc=C3=A8de : =C2=AB Il fait peur de = penser =C3=A0 un glacier=20 pareil. =C2=BB.
En 1829, Venetz vient tester sa th=C3=A9orie aupr=C3=A8s d=E2=80=99un = ami, Jean de Charpentier (1786-1855), = scientifique=20 r=C3=A9put=C3=A9, directeur des mines de sel =C3=A0 Bex. Celui-ci a = d=C3=A9j=C3=A0 rencontr=C3=A9 Perraudin en=20 1815 et entendu son opinion sur l=E2=80=99extension des glaciers, = opinion qu=E2=80=99il jugeait=20 tout =C3=A0 fait saugrenue. Lorsque Venetz lui expose qu=E2=80=99un = glacier s=E2=80=99est jadis=20 =C3=A9tendu jusqu=E2=80=99au Jura, entre Gen=C3=A8ve et Soleure, il = trouve cette id=C3=A9e compl=C3=A8tement=20 folle, en opposition manifeste avec les principes de la physique et de = la=20 g=C3=A9ologie et exprime sa d=C3=A9sapprobation.
De bonne gr=C3=A2ce toutefois, voulant remettre son ami dans le droit = chemin et le=20 convaincre de ses erreurs, il se propose de l=E2=80=99accompagner sur le = terrain. Et=20 l=E2=80=99enseignant se trouve =C3=AAtre l=E2=80=99enseign=C3=A9 ! = C=E2=80=99est Venetz qui le persuade de la=20 pertinence de ses vues, de la justesse de ses interpr=C3=A9tations, de=20 l=E2=80=99impossibilit=C3=A9 de comprendre les observations de terrain = sans supposer une=20 extension glaciaire.
Devenu un fervent partisan, Charpentier se charge = d=E2=80=99=C3=A9tayer les th=C3=A8ses de=20 Venetz et de les argumenter. Car la th=C3=A9orie glaciaire explique une = foule de=20 ph=C3=A9nom=C3=A8nes :
le transport des blocs erratiques sans que leurs angles ni leurs = ar=C3=AAtes=20 soient =C3=A9mouss=C3=A9s ou =C3=A9corn=C3=A9s, ce qui est = difficilement explicable dans le cas=20 d=E2=80=99un courant.
la distribution des blocs erratiques : dans certaines = vall=C3=A9es, on=20 trouve sur la rive droite des blocs erratiques de nature granitique et = sur la=20 rive gauche des blocs erratiques de nature calcaire ; cette = distribution=20 est incompr=C3=A9hensible si l=E2=80=99eau est l=E2=80=99agent de = transport mais parfaitement=20 intelligible en supposant l=E2=80=99extension glaciaire : lorsque = des glaciers=20 issus de deux vall=C3=A9es diff=C3=A9rentes se rejoignent pour en = former un seul, ils ne=20 se m=C3=A9langent pas, chacun marchant c=C3=B4te =C3=A0 c=C3=B4te, = portant ses mat=C3=A9riaux=20 caract=C3=A9ristiques qu=E2=80=99il d=C3=A9pose sur un seul des = c=C3=B4t=C3=A9s de la vall=C3=A9e.
le d=C3=A9p=C3=B4t des terrains ne montrant aucune stratification = ni aucun=20 triage : un glacier, contrairement =C3=A0 l=E2=80=99eau, = d=C3=A9pose les pierres en les=20 accumulant et en les entassant sans ordre, m=C3=AAlant les plus = grosses avec les=20 plus petites et charriant les unes aussi loin que les autres.
le d=C3=A9p=C3=B4t de petits amas de mat=C3=A9riaux = stratifi=C3=A9s, d=C3=A9pos=C3=A9s dans des lacs,=20 form=C3=A9s par le barrage des moraines.
la formation des roches lisses, appel=C3=A9es roches = moutonn=C3=A9es, que l=E2=80=99on trouve=20 dans les vall=C3=A9es alpines : ces roches ont =C3=A9t=C3=A9 = us=C3=A9es, polies par le=20 frottement du glacier.
la formation des stries =C3=A0 la surface des rochers, = fa=C3=A7onn=C3=A9es par le=20 raclement des cailloux que la glace transporte.
Charpentier, enti=C3=A8rement convaincu par l=E2=80=99abondance de = faits prenant sens=20 gr=C3=A2ce =C3=A0 la th=C3=A9orie glaciaire, reconna=C3=AEt toutefois = son c=C3=B4t=C3=A9 tr=C3=A8s d=C3=A9routant :=20 =C2=AB Je sens fort bien tout ce = qu=E2=80=99une pareille=20 hypoth=C3=A8se offre au premier abord d=E2=80=99invraisemblable, de = choquant, d=E2=80=99extravagant=20 m=C3=AAme. En effet, comment admettre, comment se persuader que jadis = toutes nos=20 grandes vall=C3=A9es fussent occup=C3=A9es dans toute leur longueur par = de vastes=20 glaciers, qui, =C3=A0 leur d=C3=A9bouch=C3=A9 dans la plaine au pied des = Alpes, se seraient=20 =C3=A9tendus en forme de nappes ou d=E2=80=99=C3=A9normes =C3=A9ventails = pour couvrir presque toute la=20 contr=C3=A9e jusqu=E2=80=99au Jura, et remonter cette cha=C3=AEne en = nombre d=E2=80=99endroits jusques =C3=A0=20 son fa=C3=AEte, et le d=C3=A9passer m=C3=AAme ? Comment concilier = une semblable hypoth=C3=A8se=20 avec la masse de faits qui prouvent que jadis la temp=C3=A9rature de nos = climats a=20 =C3=A9t=C3=A9 bien plus =C3=A9lev=C3=A9e qu=E2=80=99elle ne = l=E2=80=99est maintenant ? Comment croire =C3=A0=20 l=E2=80=99existence d=E2=80=99aussi =C3=A9normes glaciers dans une = contr=C3=A9e qui jadis produisit des=20 palmiers, comme il est prouv=C3=A9 par des empreintes de chamaerops = trouv=C3=A9es dans les=20 roches des environs de Lausanne et de = V=C3=A9vey ? =C2=BB
Accepter la th=C3=A9orie glaciaire, c=E2=80=99est accepter un = bouleversement du climat,=20 c=E2=80=99est contrecarrer les id=C3=A9es re=C3=A7ues sur = l=E2=80=99histoire de la Terre, c=E2=80=99est s=E2=80=99opposer=20 aux faits g=C3=A9ologiques habituellement reconnus. Comment ne pas = sourciller,=20 comment ne pas h=C3=A9siter devant les implications de la = th=C3=A9orie ?
Charpentier explique que le refroidissement du climat a d=C3=BB faire = suite au=20 soul=C3=A8vement brutal des Alpes, qui atteignaient alors une hauteur = plus grande=20 qu=E2=80=99=C3=A0 pr=C3=A9sent. Les montagnes se sont ensuite = affaiss=C3=A9es =C3=A0 cause de leur tassement=20 et le climat a pu redevenir plus cl=C3=A9ment et les glaces form=C3=A9es = se retirer. Par=20 apr=C3=A8s, de Charpentier ajoute que le soul=C3=A8vement des Alpes a = =C3=A9t=C3=A9 accompagn=C3=A9 par=20 la formation de fentes et de crevasses. L=E2=80=99eau de ruissellement, = s=E2=80=99infiltrant=20 dans les profondeurs chaudes de la Terre, se transformait en vapeurs et=20 remontait en surface pour se condenser dans l=E2=80=99atmosph=C3=A8re. = Outre l=E2=80=99accroissement=20 de l=E2=80=99humidit=C3=A9, les vapeurs interceptaient les rayons du = soleil et faisaient=20 baisser la temp=C3=A9rature. La glaciation prit fin lorsque les fentes = furent=20 colmat=C3=A9es par les produits de l=E2=80=99=C3=A9rosion.
En 1834, Jean de Charpentier se rend =C3=A0 Lucerne pour exposer = publiquement ses=20 id=C3=A9es. Sur le chemin, il est accompagn=C3=A9 par un b=C3=BBcheron = qui, le voyant examiner=20 un bloc de granite, lui dit : =C2=AB Ces = pierres=20 viennent du Grimsel, c=E2=80=99est le glacier qui les a amen=C3=A9es, il = s=E2=80=99est =C3=A9tendu jadis=20 jusqu=E2=80=99=C3=A0 Berne =C2=BB ! Les = pr=C3=A9curseurs ne sont pas toujours=20 ceux que l=E2=80=99on cro=C3=AEt ! Mais l=E2=80=99extension = glaciaire pr=C3=A9vue par les montagnards=20 reste locale et n=E2=80=99atteint pas, de loin, celle imagin=C3=A9e par = Venetz et par=20 Charpentier.
Les auditeurs de Charpentier sont d=C3=A9contenanc=C3=A9s et restent = tr=C3=A8s sceptiques.=20 Parmi eux se tient Louis Agassiz=20 (1807-1873), jeune professeur =C3=A0 Neuch=C3=A2tel, qui = s=E2=80=99est d=C3=A9j=C3=A0 acquis=20 une notori=C3=A9t=C3=A9 mondiale gr=C3=A2ce =C3=A0 ses travaux de = pal=C3=A9ontologie et de zoologie. Lui=20 aussi reste incr=C3=A9dule mais il est suffisamment intrigu=C3=A9 pour = venir examiner sur=20 place les preuves avanc=C3=A9es par de Charpentier, dans = l=E2=80=99id=C3=A9e de les combattre. Et=20 comme Charpentier a =C3=A9t=C3=A9 converti par Venetz, Agassiz est = converti par=20 Charpentier et devient le plus ardent promoteur de la th=C3=A9orie = glaciaire.
En 1837, alors qu=E2=80=99il doit faire un discours = d=E2=80=99ouverture pour une r=C3=A9union=20 scientifique internationale sur ses travaux zoologiques, il expose avec = fougue=20 ses nouvelles id=C3=A9es sur l=E2=80=99extension des glaces. Sa version = diff=C3=A8re l=C3=A9g=C3=A8rement de=20 celle de Charpentier, en particulier il suppose que la glaciation est = survenue=20 avant le soul=C3=A8vement des Alpes. Il employe l=E2=80=99expression = =C2=AB =C3=A2ge=20 glaciaire =C2=BB propos=C3=A9e quelque temps auparavant par Karl = Schimper, et affirme=20 qu=E2=80=99une =C3=A9norme calotte de glace a recouvert une grande = partie de l=E2=80=99Europe, le=20 Nord de l=E2=80=99Asie et de larges parties de l=E2=80=99Am=C3=A9rique = du Nord. Ce ne sont donc plus=20 seulement les Alpes qui ont subi une phase glaciaire, mais toute une = partie de=20 l=E2=80=99h=C3=A9misph=C3=A8re Nord !
Ses d=C3=A9clarations font sensation et d=C3=A9clenchent une = tr=C3=A8s vive r=C3=A9action. Tous=20 les savants pr=C3=A9sents, sans exception, sont hostiles, ne comprenant = pas=20 l=E2=80=99attitude de leur coll=C3=A8gue et son int=C3=A9r=C3=AAt pour = une hypoth=C3=A8se aussi absurde. Une=20 sortie sur le terrain pour laisser parler les =C3=A9vidences ne = r=C3=A9ussit pas plus =C3=A0=20 =C3=A9branler leur opposition. L=E2=80=99un d=E2=80=99entre eux = conseille m=C3=AAme =C3=A0 Agassiz de retourner=20 =C3=A0 l=E2=80=99=C3=A9tude de ses poissons fossiles plut=C3=B4t que de = s=E2=80=99occuper de consid=C3=A9rations=20 g=C3=A9n=C3=A9rales sur les r=C3=A9volutions de la Terre primitive, = consid=C3=A9rations qui ne=20 convainquent que ceux qui leur ont donn=C3=A9 naissance !
Agassiz ne d=C3=A9sarme toutefois pas. Pour mieux comprendre les = glaciers=20 d=E2=80=99autrefois, il d=C3=A9cide d=E2=80=99aller =C3=A9tudier les = glaciers actuels. Effectuant des=20 s=C3=A9jours prolong=C3=A9s, multipliant les mesures et les = relev=C3=A9s, il fait progresser=20 les connaissances glaciologiques dans tous les domaines. En 1840, il = publie un=20 m=C3=A9moire synth=C3=A9tique qui expose sa th=C3=A9orie dans le = d=C3=A9tail, suivi en 1841 par un=20 essai de Jean de Charpentier. Les deux ouvrages, en m=C3=AAme temps = qu=E2=80=99ils r=C3=A9futent=20 les anciennes th=C3=A9ories, justifient l=E2=80=99extension glaciaire = par toute une s=C3=A9rie de=20 faits de terrain.
Entre temps, Agassiz a tent=C3=A9 d=E2=80=99introduire la = th=C3=A9orie glaciaire en Angleterre=20 en cherchant =C3=A0 persuader William=20 Buckland (1784-1856), grand g=C3=A9ologue et ami = personnel. En 1838,=20 celui-ci vient passer quelques temps en compagnie d=E2=80=99Agassiz qui = lui montre =C3=A0 la=20 fois les d=C3=A9p=C3=B4ts erratiques du Jura et l=E2=80=99action = actuelle des glaciers alpins.=20 Malgr=C3=A9 l=E2=80=99int=C3=A9r=C3=AAt qu=E2=80=99il porte =C3=A0 ces = d=C3=A9monstrations, Buckland reste circonspect et=20 ne peut abandonner ses anciennes croyances sur l=E2=80=99action de = l=E2=80=99eau.
En 1840, Agassiz se rend =C3=A0 son tour en Angleterre pour = pr=C3=A9senter sa th=C3=A9orie=20 mais se heurte =C3=A0 nouveau =C3=A0 une opposition tr=C3=A8s virulente. = La plupart des savants=20 anglais sont alors partisans de la th=C3=A9orie du transport des blocs = erratiques par=20 des icebergs flottant non sur des mers mais sur de grands lacs, = form=C3=A9s par la=20 fermeture de vall=C3=A9es lors de tremblements de terre ou = d=E2=80=99=C3=A9boulements. La th=C3=A9orie=20 d=E2=80=99Agassiz leur semble gratuite et d=C3=A9raisonnable.
Le moment d=C3=A9cisif se d=C3=A9roule apr=C3=A8s la r=C3=A9union, = lorsque Buckland invite=20 Agassiz ainsi qu=E2=80=99un autre g=C3=A9ologue r=C3=A9put=C3=A9, Roderick=20 Impey Murchison (1792-1871), =C3=A0 se rendre en Ecosse = et dans le=20 Nord de l=E2=80=99Angleterre. L=C3=A0, ils d=C3=A9couvrent des roches = polies et stri=C3=A9es, et des=20 traces d=E2=80=99anciennes moraines ! L=E2=80=99existence d=E2=80=99une = calotte de glace recouvrant=20 jadis l=E2=80=99Angleterre est d=C3=A9montr=C3=A9e. Buckland alors ne = doute plus de la justesse de=20 la th=C3=A9orie glaciaire et devient le plus d=C3=A9vou=C3=A9 supporter = d=E2=80=99Agassiz outre-Manche,=20 d=C3=A9fendant avec ardeur ses id=C3=A9es dans chaque r=C3=A9union = scientifique.
Les discussions entre =C2=AB pro =C2=BB et = =C2=AB anti-glaci=C3=A9ristes =C2=BB=20 restent serr=C3=A9es toutefois et des objections =C3=A0 la th=C3=A9orie = glaciaire continuent =C3=A0=20 s=E2=80=99=C3=A9lever. Jean-Andr=C3=A9 De = Luc (neveu du=20 fameux naturaliste de m=C3=AAme nom d=C3=A9j=C3=A0 cit=C3=A9) refuse = toujours de croire que les=20 glaciers peuvent polir et strier les roches sur lesquelles ils se = d=C3=A9placent.=20 William Hopkins (1793-1866), = un fameux=20 physicien, affirme lui que le mouvement de nappes de glace sur des = continents=20 peu inclin=C3=A9s implique de telles absurdit=C3=A9s m=C3=A9caniques que = la question n=E2=80=99a m=C3=AAme=20 pas lieu d=E2=80=99=C3=AAtre consid=C3=A9r=C3=A9e. Il revient pourtant = sur sa d=C3=A9claration quelques=20 ann=C3=A9es plus tard en reconnaissant que la glace peut se mouvoir = m=C3=AAme sur de tr=C3=A8s=20 faibles inclinaisons.
Et puis, les partisans d=E2=80=99Agassiz ne peuvent toujours pas = apporter de solution=20 au probl=C3=A8me de fond : comment supposer que le climat de la = Terre ait pu=20 varier si drastiquement ? On sugg=C3=A8re bien que l=E2=80=99axe de = rotation de la Terre=20 a pu changer de position et que les r=C3=A9gions temp=C3=A9r=C3=A9es = actuelles =C3=A9taient=20 autrefois des r=C3=A9gions polaires, mais la d=C3=A9monstration ne = convainc pas.
En Suisse et en France, l=C3=A0 o=C3=B9 des glaciers peuvent = s=E2=80=99observer, la th=C3=A9orie=20 glaciaire s=E2=80=99impose d=C3=A8s les ann=C3=A9es 1845, mais en = Angleterre et en Allemagne, les=20 r=C3=A9ticences sont bien plus difficiles =C3=A0 vaincre. Ce = n=E2=80=99est qu=E2=80=99en 1862, qu=E2=80=99un=20 argument d=C3=A9cisif est apport=C3=A9 par Thomas=20 Jamieson en faveur de l=E2=80=99origine glaciaire des = faits observ=C3=A9s en=20 Ecosse. Quelques mois plus t=C3=B4t, la rupture d=E2=80=99un barrage a = provoqu=C3=A9 la vidange de=20 plusieurs r=C3=A9servoirs dans les Highlands. Et aucun des = ph=C3=A9nom=C3=A8nes associ=C3=A9s =C3=A0=20 l=E2=80=99action glaciaire, ni les stries, ni les d=C3=A9p=C3=B4ts = caract=C3=A9ristiques, n'a =C3=A9t=C3=A9=20 observ=C3=A9.
La balance penche alors d=C3=A9finitivement du c=C3=B4t=C3=A9 des=20 =C2=AB glaci=C3=A9ristes =C2=BB. Ceci d=E2=80=99autant plus = facilement qu=E2=80=99en 1852, une=20 exp=C3=A9dition scientifique a d=C3=A9couvert l=E2=80=99immense calotte = de glace du Groenland et=20 visualis=C3=A9 pour la premi=C3=A8re fois un continent enti=C3=A8rement = pris dans les=20 glaces.
Apr=C3=A8s bien des ann=C3=A9es de doute et de discussion, la = majorit=C3=A9 des g=C3=A9ologues=20 adh=C3=A8re =C3=A0 la th=C3=A9orie glaciaire d=C3=A9fendue par = Agassiz : toutes les Alpes et=20 une grande partie de l=E2=80=99Europe du Nord ont =C3=A9t=C3=A9 pendant = une p=C3=A9riode relativement=20 r=C3=A9cente de l=E2=80=99histoire de la Terre enti=C3=A8rement = recouvertes de glace.
Cette reconnaissance, bien difficile il est vrai tant elle implique = une=20 conversion dans la perception de la Terre, n'est que le premier pas = d=E2=80=99une longue=20 suite de recherches. Car de nouvelles questions se posent. Dans = certaines=20 r=C3=A9gions, on observe que des moraines recouvrent des roches polies. = Or un glacier=20 ne peut pas d=C3=A9poser des d=C3=A9bris en m=C3=AAme temps = qu=E2=80=99il =C3=A9rode les roches=20 sous-jacentes. A-t-il eu plusieurs phases d=E2=80=99avanc=C3=A9e et de = retrait ? Toutes=20 les nouvelles observations vont dans ce sens. On remarque par exemple = que des=20 moraines sont s=C3=A9par=C3=A9es par des couches renfermant des plantes = fossiles, preuve=20 que le climat s=E2=80=99est consid=C3=A9rablement r=C3=A9chauff=C3=A9 = entre deux p=C3=A9riodes froides.
Ce n=E2=80=99est donc plus une p=C3=A9riode glaciaire qu=E2=80=99il = faut concevoir mais plusieurs,=20 successives, entrecoup=C3=A9es de p=C3=A9riodes chaudes ! La = difficult=C3=A9 devient de=20 reconna=C3=AEtre dans le paysage les marques de ces diff=C3=A9rentes = phases glaciaires et=20 d=E2=80=99associer chaque d=C3=A9p=C3=B4t =C3=A0 sa glaciation = correspondante.
Figure 13. Premi=C3=A8re = repr=C3=A9sentation de la calotte=20 nord am=C3=A9ricaine par T. C. Chamberlin
A la fin du XIXe si=C3=A8cle, on compte que quatre = glaciations,=20 d=C3=A9nomm=C3=A9es Riss, G=C3=BCnz, Mindel et W=C3=BCrm, ont = affect=C3=A9 l=E2=80=99Europe pendant l=E2=80=99=C3=A8re=20 quaternaire (on sait aujourd=E2=80=99hui, gr=C3=A2ce =C3=A0 = l=E2=80=99analyse des carottes pr=C3=A9lev=C3=A9es dans=20 les s=C3=A9diments des oc=C3=A9ans ou dans les glaces polaires, que les = glaciations ont=20 =C3=A9t=C3=A9 bien plus nombreuses). Puis des traces glaciaires sont = d=C3=A9crites dans=20 d=E2=80=99autres r=C3=A9gions du monde et surtout =C3=A0 = d=E2=80=99autres p=C3=A9riodes g=C3=A9ologiques.
La Terre a donc subi des glaciations non seulement dans les temps = r=C3=A9cents du=20 quaternaire mais aussi tout au long de son histoire et sur tous les = continents !=20 Ces d=C3=A9couvertes bouleversent la vision que les hommes se font de = l=E2=80=99=C3=A9volution de=20 la Terre : celle-ci n=E2=80=99est pas lin=C3=A9aire, depuis une = origine chaude jusqu=E2=80=99=C3=A0=20 une mort thermique, mais elle est au contraire emm=C3=AAl=C3=A9e et = complexe.
Le probl=C3=A8me climatique devient encore plus ardu : comment = comprendre ces=20 oscillations successives du climat ? Aucune hypoth=C3=A8se =C3=A0 = l=E2=80=99=C3=A9poque ne peut=20 rendre compte de ces alternances de p=C3=A9riodes chaudes et de = p=C3=A9riodes froides et=20 les causes des variations climatiques restent hors de port=C3=A9e, = insoup=C3=A7onn=C3=A9es. Les=20 glaciations sont reconnues et accept=C3=A9es, on ne se bat plus pour = comprendre la=20 signification des blocs erratiques, mais le climat de la Terre garde = tout entier=20 son myst=C3=A8re.
Ce n=E2=80=99est qu=E2=80=99au cours du XXe si=C3=A8cle = que Milutin Milankovitch=20 (1879-1958) va pouvoir proposer une solution satisfaisante aux = oscillations=20 climatiques du quaternaire, en faisant intervenir la variation des param=C3=A8tres = orbitaux de la=20 Terre. Pour les glaciations plus anciennes, on invoque = l'=C3=A9volution de la=20 position g=C3=A9ographique des continents, mais le probl=C3=A8me est = encore loin d'=C3=AAtre=20 r=C3=A9solu=E2=80=A6
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