Ruth Fayon Émission: Pardonnez-moi Durée: 27'38'' Date: 22.01.2005 Journaliste: Darius Rochebin Invité: Ruth Fayon © 2007 Archives TSR http://mediaplayer.archives.tsr.ch/shoah-ruthfayon/3.wmv http://archives.tsr.ch/home Ruth Fayon, survivante d'Auschwitz, a décidé de transmettre la mémoire de ceux qui vécurent l'enfer des camps nazis aux nouvelles générations. Avec beaucoup de générosité et de sensibilité, elle s'entretient avec Darius Rochebin sur son expérience et sur l'importance du devoir du souvenir. ______________________________________________________________________________________________________ A l'âge de 14 ans, la Genevoise d'origine tchèque Ruth Fayon commence un voyage effroyable, qui la mènera dans le camp d'extermination de Bergen-Belsen, après avoir passé par celui d'Auschwitz. Trois ans d'horreur, qu'elle raconte pour que le monde sache. En 1938, lorsque les Allemands ont envahi les Sudètes (partie germanophone de la République tchécoslovaque), nous avons fui Karlsbad (aujourd'hui Karlovy Vary) pour nous réfugier à Prague chez des amis, explique Ruth Fayon, habitant aujourd'hui Genève. Elle a alors dix ans. En mars 1939, les Allemands entrent dans Prague. Ruth, sa soeur et ses parents sont arrêtés en août 1942 et déportés à Theresienstadt, à 70 km au nord de Prague, ville de garnison transformée en ghetto. On mourait de faim: un liquide noir le matin, midi et soir, une espèce de soupe avec du pain. On volait de temps en temps une ou deux carottes, mais si on vous attrapait, la plupart du temps, c'était la pendaison, raconte la rescapée. L'année suivante, on nous enferme dans des wagons à bestiaux, 60-80 personnes par wagon avec un seau pour nos besoins. Après un voyage d'un jour ou deux, le train s'arrête. Nous sommes à Auschwitz, et la seule issue, ici, c'est la cheminée, nous hurle un officier. Mais personne ne comprend, personne n'a encore entendu parler de chambres à gaz, ni de crématoires. Les femmes sont séparées des hommes. Après une marche de quelques kilomètres, elle découvrent les baraquements, les lits superposés sur trois étages. Suivent une fouille systématique, afin de récupérer d'éventuels bijoux ou de l'argent, et la séance de tatouage. Ruth portera le matricule 71502 sur le bras gauche. Accouchement dans une baraque Nos cartes mentionnaient 'SB' (Sonderbehandlung, traitement spécial), ce qui impliquait que nous échappions pendant six mois à la 'sélection' du docteur-tortionnaire Mengele : pouce à gauche, la vie, pouce à droite, la mort, mentionne-t-elle. Au mois de mars 1944 toutefois, tout espoir disparaît: 3000 personnes arrivées avant elles et bénéficiant du 'SB' sont chargées dans des camions. Et tous, jusqu'au dernier, sont emmenés dans les chambres à gaz. Elles comprennent: en juin, ce sera notre tour. Et les odeurs de chair brûlée qui flottent dans l'air deviennent définitivement insupportables. Mais son pire souvenir est ailleurs. En arrivant à Auschwitz, une amie à nous était enceinte de huit mois. Elle a accouché d'une petite fille dans la baraque. Une nouvelle vie, mais tout de suite nous avons pensé à la mort. Nous lui avons dit: 'comment peux-tu garder cet enfant, le nourrir ? Et si un SS te trouve avec ce bébé, vous passez tous les deux dans la chambre à gaz'. L'une de nous avait accès à l'infirmerie, elle en a rapporté une seringue, et cette pauvre mère a tué son enfant. Elle a survécu, et vit maintenant quelque part en Israël. Fin du voyage: Bergen-Belsen Juin 1944 arrive, mais Ruth, sa mère et sa soeur sont sélectionnées avec 500 autres hommes et femmes pour aller travailler en Allemagne. Elles quittent l'enfer d'Auschwitz pour celui de Hambourg, où elles sont essentiellement occupées à déblayer les ruines provoquées par les bombardements alliés. Mars 1945, nouvelle destination: Vous allez dans le camp d'extermination de Bergen-Belsen, au nord de l'Allemagne, leur annonce gentiment une femme SS. Et là, c'est l'horreur: on nous laissait crever. Il y avait plein de cadavres autour des baraques desquelles on les jetait. Les détenus les transportaient dans une fosse commune. Entre-temps, les deux soeurs avaient contracté le typhus. Elles seront incapables de réagir quand, quelques semaines plus tard, les soldats anglais, terriblement choqués par la vue de miliers de mourants et de corps sans vie, leurs annonceront qu'elles sont libres. Trois ou quatre mois passent puis, après avoir été soignées par la Croix-Rouge, elles retournent avec leur mère en Tchèquie, en espérant retrouver papa. Mais, depuis notre arrivée à Auschwitz, nous ne l'avons jamais revu. http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=5490403&cKey=1106648301000 http://www.google.fr/search?hl=fr&q=ruth+fayon&meta= http://www.pelerinages-dorient.com/cdt/index.php?2005/04/02/8-ruth-fayon-memoire-de-la-shoah http://www.droitshumains.org/auschw/auschw_1.htm Six rescapés des camps de la mort: Yvonne Brunschwig, Noëlla Rouget, Aimé Blanc, Otto Klein, Ruth Fayon et David Planner. Quatre juifs et deux résistants français. Fayon, Ruth rte de Florissant 89A, 1206 Genève/GE 022 347 42 66 Fayon, Ruth Vermala-Soleil A 3963 Crans-Montana/VS 027 481 14 39 ___________________________________________________________________________________________________________________________________________ http://www.ordiecole.com/fayon_ruth.txt